BIRDMAN

Affiche BirdmanFilm de Alejandro González Iñárritu
(Comédie – USA – 2015 – 1h59 – V.O.S.T.)
Avec: Michael Keaton, Zach Galifianakis, Edward Norton …
Oscars 2015 du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleur photographie

À l’époque où il incarnait un célèbre super-héros, Riggan Thomson était mondialement connu. Mais de cette célébrité il ne reste plus grand-chose, et il tente aujourd’hui de monter une pièce de théâtre à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire perdue. Durant les quelques jours qui précèdent la première, il va devoir tout affronter : sa famille et ses proches, son passé, ses rêves et son ego… S’il s’en sort, le rideau a une chance de s’ouvrir…

« Toute ressemblance avec une personne existante est purement calculée. Alejandro Gonzáles Iñárritu fait jouer à Michael Keaton, le Batman de Tim Burton en 1989 et 1992, un acteur has been, jamais remis d’avoir incarné avec succès un superhéros, vingt ans auparavant. D’une amertume abyssale et d’un égocentrisme forcené, cette star déchue, Riggan Thompson, prépare son retour, non plus au cinéma, mais à Broadway, à la fois comme metteur en scène et acteur du spectacle, en quête éperdue de reconnaissance et d’amour. Et bien sûr, la pièce, adaptée d’une nouvelle de Raymond Carver, parle d’une semblable aspiration. Ce schéma pourrait rappeler l’indépassable Opening Night, de John Cassavetes, modèle plus ou moins avoué de tout film racontant une trajectoire de comédien(ne) au théâtre, entre les tourments des coulisses et la révélation/rédemption de la première. Or, le cinéaste déprogramme ce récit-là en quelques minutes. Riggan Thompson commet un acte ignoble : il s’arrange pour qu’un projecteur tombe sur un comédien qu’il juge mauvais et l’expédie ainsi à l’hôpital pour une durée indéterminée. Crime sans suites pour le coupable, et minoré par le regard d’Iñárritu. Le film en devient bizarroïde, de plus en plus monstrueux, tant par sa vision cynique de l’humanité que par les images mentales qui assaillent le héros perturbé. Le jeu de massacre a des vertus comiques, une nouveauté chez Iñárritu, auteur doloriste, souvent grandiloquent (Amours chiennes, 21 Grammes ou Biutiful). Et la haine que se manifestent les personnages entre eux s’ajoute au fiel que leur réserve le cinéaste. Le microcosme des planches new-yorkaises essuie les premiers tirs. Il y a l’actrice quadragénaire pleureuse, qui n’en revient toujours pas d’être enfin à Broadway (Naomi Watts). Le pur comédien de théâtre, vaniteux et verbeux (Edward Norton), fier de laisser deviner une érection réelle sur scène. Ou encore la diva des critiques, tout à ses sentences paradoxales, et finalement convenues. La réalisation, avec ses plans-séquences sans entraves, renforce l’impression de tout voir et de tout savoir, et d’abord le plus embarrassant. Iñárritu se rapproche par là du grand méchant Robert Altman. Hollywood est évoquée avec une rancoeur encore plus débridée. Dans sa loge, le malheureux Riggan Thompson se laisse ravager par une virile voix intérieure, celle de Birdman, le superhéros qui fit sa gloire éphémère, planétaire, sans établir sa respectabilité. L’homme-oiseau masqué-capé le suit partout, le rabaisse, déconsidère son projet théâtral, tel un surmoi implacable. Pour un roi du blockbuster, la tentative de réhabilitation de l’acteur par le théâtre intello est minable : elle enfonce plutôt le clou de son déclin. Mais ce Birdman surpuissant qui obsède son ex-interprète, Iñárritu le filme comme une chimère ringarde, une arnaque à la fois grotesque et fatale. Dans son élan misanthrope, si outrancier qu’il amuse, le film discrédite toute forme de célébrité : celle qui découle de l’ancien star-système, dévoyé depuis longtemps, et, bien sûr, celle, fulgurante, qui s’obtient en quelques minutes par le Net, en se retrouvant en caleçon sur Times Square, à la porte de son propre théâtre, suite à une maladresse… Au-delà d’un dénouement cauchemardesque, le cinéaste tente de renouer in extremis avec une forme d’innocence, un rapport naïf à l’illusion et à l’art. C’est tard. On sait déjà le résultat du match : Hollywood zéro, Broadway zéro. Mais, en se renouvelant avec cette farce noire et baroque, Iñárritu, lui, marque quelques points. »
Louis Guichard – Télérama

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 25 mars à 20h30
vendredi 27 mars à 21h
samedi 28 mars à 18h
dimanche 29 mars à 20h30

Lamastre (centre culturel)
jeudi 26 mars à 20h30
samedi 28 mars à 21h

Bande annonce

Laisser votre avis