CAROL

affiche-carolFilm de Todd Haynes
Drame, romance Angleterre, USA – 2016 – 1h58 – VOST
Avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler, Sarah Paulson, Carrie Brownstein
Dans le cadre de Roman & Cinéma éd. 2016

On est devant « Carol » comme un enfant devant son premier film. 
Transfuge

L’apparent raffinement de ce mélodrame cache une profonde noirceur. Sublime.
Studio Ciné Live

Au-delà de l’interdit filmé avec une pudeur exemplaire, ce sont les conventions, les abîmes institués entre classes sociales que pointe Todd Haynes de film en film. Celui-ci, d’une beauté renversante, impose Rooney Mara, filmée de manière à ce que l’on puisse croire qu’en elle Audrey Hepburn s’est réincarnée.
La Voix du Nord

SYNOPSIS

Dans le New York des années 1950, Therese, jeune employée d’un grand magasin de Manhattan, fait la connaissance d’une cliente distinguée, Carol, femme séduisante, prisonnière d’un mariage peu heureux. À l’étincelle de la première rencontre succède rapidement un sentiment plus profond. Les deux femmes se retrouvent bientôt prises au piège entre les conventions et leur attirance mutuelle.

CRITIQUE

“Carol”: la rencontre amoureuse filmée comme un miracle

L’auteur de Loin du paradis renoue avec l’Amérique fifties des mélodrames de Douglas Sirk pour célébrer, avec une ferveur inédite, le miracle de la rencontre amoureuse.

Carol était déjà le prénom du personnage principal du second film de Todd Haynes, Safe, où Julianne Moore incarnait une riche femme au foyer atteinte d’un étrange mal, mêlant allergie, paranoïa et obsession du pur, l’amenant à peu à peu se terrer dans un havre d’hygiène et de sécurité.

Carol était déjà le prénom du personnage principal du second film de Todd Haynes, Safe, où Julianne Moore incarnait une riche femme au foyer atteinte d’un étrange mal, mêlant allergie, paranoïa et obsession du pur, l’amenant à peu à peu se terrer dans un havre d’hygiène et de sécurité.

Ainsi sortait en 2002 Loin du paradis, minutieux travail de reconstitution, mais qui vivait sa dimension nostalgique et décorative avec une telle envie de ressembler trait pour trait à son modèle que tout le film s’en trouvait comme faussé, distancié.

Entre extrême sensualité et chasteté absolue

C’est avec cette recherche que renoue Carol treize ans plus tard, comme un deuxième round dans cette Amérique fifties peuplée de cœurs brisés, où Haynes doit jouer une carte à cheval entre passé et présent : faire corps avec le cinéma d’une autre époque, adopter son style, ses mœurs, ses gestes, et lui mettre le nez sur ce qu’il ne pouvait alors que suggérer – soit bien sûr l’homosexualité. Ici Therese (Rooney Mara), timide employée de grand magasin, croise Carol (Cate Blanchett), plus riche, plus âgée, déjà initiée aux vertus saphiques, et dès lors qu’elles se sont croisées, plus rien ne sera jamais pareil.

Or il apparaît très vite et très clairement que Carol ne se laissera pas prendre au piège du fétichisme de Loin du paradis. Au contraire, le film semble trouver une identité très à lui, très singulière, prise dans un paradoxe entre extrême sensualité et chasteté absolue. Car si Carol est bien le film d’une rencontre amoureuse, il n’est en aucun cas celui de la rencontre de deux corps (la scène de sexe peut même sembler de trop).

Cate Blanchett et Rooney Mara se regardent

Non, ici, tout ce qui importe est une sorte d’identification mutuelle de deux êtres qui se vivent comme liés, comme équivalents, comme se reflétant l’un l’autre et qui, pris dans la réfraction d’un étrange miroir inverse (brune et blonde, bourgeoise et ouvrière, initiée et ingénue), n’ont plus qu’à percer le mystère de leur gémellité, ne pouvant plus se quitter – ou plus exactement se quitter du regard, sans même forcément se toucher.

Du film, on ne retient que cette image, répétée plusieurs fois : Cate Blanchett et Rooney Mara se regardant fixement. Et le jeu des deux actrices est assez puissant et précis pour faire de la topographie de ce regard échangé un lieu étrange, riche, complexe : Therese regarde moins Carol que quelque chose de nouveau et d’intimidant en elle-même, se laissant totalement absorber par son intériorité (sa peur, son interrogation, sa douleur) ; Carol, elle, regarde mais savoure surtout l’émotion d’être à nouveau elle-même regardée, et sauvée, par un désir féminin. S’il ne valait pas mieux laisser parler le film de lui-même, il y aurait mille autres détails à relever dans ces moments suspendus.

Du matériel à l’immatériel

Ainsi Carol est un film de rencontre amoureuse, mais surtout celui d’une communion, en un sens tout à fait spirituel, où le “coup de foudre” est véritablement pensé comme une apparition de l’ange, et la naissance de l’amour comme le début d’une trajectoire mystique et ascensionnelle. “Tu es tombée du ciel”, se répètent les deux héroïnes, sans oublier que l’une porte un nom de religieuse, et l’autre celui du mot anglais pour chant de Noël.

Indices superflus quand nous nous trouvons déjà sous l’emprise du mouvement installé par la mise en scène de Haynes : mouvement circulaire, hypnotique, appliquant peu à peu une sorte de vertige, de rotation étourdissante des regards qui détache lentement les deux personnages du monde qui les entoure et les fait passer (comme c’était déjà, en un sens, le cas de cette autre Carol, dans Safe, il y a vingt ans) avec une suprême élégance du matériel à l’immatériel.

Les Inrockuptibles

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