CHOCOLAT

affiche-chocolatFilm de Roschdy Zem
(Comédie dramatique – France – 2016 – 1h50)
Avec Omar Sy, James Thiérrée, Clotilde Hesme…

SYNOPSIS

Du cirque au théâtre, de l’anonymat à la gloire, l’incroyable destin du clown Chocolat, premier artiste noir de la scène française. Le duo inédit qu’il forme avec Footit, va rencontrer un immense succès populaire dans le Paris de la Belle époque avant que la célébrité, l’argent facile, le jeu et les discriminations n’usent leur amitié et la carrière de Chocolat. Le film retrace l’histoire de cet artiste hors du commun.

CRITIQUE

« Avec Chocolat, Roschdy Zem nous transporte à peu près un siècle plus tard, dans le Paris de la Belle Epoque. Le clown noir Rafael Padilla, un ancien esclave venu de Cuba, surnommé «Chocolat», fait une retentissante carrière d’acrobate drolatique en compagnie de l’auguste Blanc George Footitt. Au prix d’un certain nombre de torsions et de raccourcis par rapport à la biographie soigneusement reconstituée de cet artiste pionnier par l’historien Gérard Noiriel, Zem se focalise sur la relation complexe entre le clown blanc et son faire-valoir noir, sous la forme d’un buddy movie jouant des contrastes entre le mentor dépressif et secret et son acolyte a priori déconsidéré, mais tirant néanmoins toute l’attention et les lumières à lui. Le récit se présente ainsi comme l’histoire d’un succès hanté par l’échec où certains attributs de la valorisation sociale (l’argent, les femmes, la notoriété…) se déversent sur Padilla pendant que son amour-propre continue d’être malmené – d’autant plus que personne ne semble imaginer qu’il en possède un. Il est d’abord vu comme un cannibale et sa cote de popularité lui permet au mieux d’accéder au statut de grand enfant rigolard. Les numéros de cirque tels qu’ils apparaissent à l’écran ne sont pas des mises en scène proprement racistes, mais le film entend montrer dans un passage éclairant comment les gesticulations équilibrées et réciproques de Footitt et Chocolat ne font rire personne, alors que le dénivellement entre le noble et l’ignoble, celui qui tape et celui qui se fait battre, l’intelligent au visage sérieux et le mariolle à la figure charbon, rend instantanément des salles hilares. Cocteau écrivit, après avoir vu le tandem au Nouveau Cirque : «D’un toréador, Footitt avait les paillettes, la souplesse, le charme, la gloire et le prestige. Chocolat, nègre stupide en culotte de soie noire collante et frac rouge, servait de prétexte aux brimades et aux taloches.» On voit bien que ce qui intéresse Roschdy Zem ici est le jeu torve de gratifications et d’humiliations qui ne cessent de traverser chaque épisode du parcours social, artistique et mondain de l’individu Padilla, entièrement englouti par ce masque qu’est sa propre peau et ce pseudonyme de scène, ainsi que par un ensemble d’assignations ethniques qui toujours le précèdent. A tel point, évidemment, que, lorsque sapé comme un prince et propriétaire d’une voiture de ville, il s’intègre à l’habitus bourgeois de la capitale avec un tel enthousiasme que son zèle est jugé choquant par une partie de la société, qui trouvera une manière de le remettre à son rang. Toute la dernière partie du film repose sur cette impossibilité à sortir du rire pour être enfin un tant soit peu pris au sérieux, un tant soit peu considéré, et pas seulement regardé ou surveillé du coin de l’œil entre deux gags, deux torgnoles, deux grimaces. Et pourtant, bien sûr, le film permute les places entre le bon et le mauvais rôle, car il faut toute l’intensité de James Thierrée pour endosser les défauts et frustrations d’un Footitt manipulateur (qu’une séquence suggère homosexuel refoulé) et la bonté rayonnante d’Omar Sy pour rendre presque d’emblée incompréhensibles les postulats de mépris qu’il est censé provoquer. La réussite du film repose sur ce flottement des représentations, entre hier et aujourd’hui, entre le rire encore possible et son revers accablant.
Didier Péron – Libération

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