ELLE

affiche-elleFilm de Paul Verhoeven
Thriller – France, Allemagne – 2016 – 2h10
Avec Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Anne Consigny
Interdit -12 ans

Chaque plan, superbement construit, baigne dans cette ambiguïté perverse qui entraîne le récit sur une palette inouïe de sensations diverses, de la violence frontale à la farce burlesque.
Studio Ciné Live

Le cinéaste néerlandais, réalisateur de « Basic Instinct », mène son dernier thriller avec une virtuosité emballante.
Le Nouvel Observateur

SYNOPSIS

Michèle fait partie de ces femmes que rien ne semble atteindre. À la tête d’une grande entreprise de jeux vidéo, elle gère ses affaires comme sa vie sentimentale : d’une main de fer. Sa vie bascule lorsqu’elle est agressée chez elle par un mystérieux inconnu. Inébranlable, Michèle se met à le traquer en retour. Un jeu étrange s’installe alors entre eux. Un jeu qui, à tout instant, peut dégénérer.
CRITIQUE

Par ordre d’apparition à l’écran, il y a d’abord un chat. Un beau chat en gros plan, l’air intéressé, sinon diverti. Or ce chat assiste tranquillement à l’agression et au viol de sa propriétaire. Ironie, férocité, sophistication : le ton est donné. Rien ne se passe banalement dans ce thriller grinçant. Un peu comme son chat, l’héroïne ne réagit jamais à ce qui lui arrive de façon attendue. Plus on en apprend sur elle, moins on la comprend. Et pourtant, on en apprend beaucoup, et vite. « Elle » s’appelle Michèle. Elle vit seule dans une belle demeure en banlieue parisienne. Elle dirige avec autorité une maison d’édition de jeux vidéo à succès. Avec la même poigne, elle règne sur un ex-mari bohème, un grand fils immature et une mère fantasque. Voire sur une associée et sur un amant irrégulier. Quant au père de ­Michèle, il a commis l’irréparable, des décennies auparavant : un carnage sans préavis, vingt-sept meurtres coup sur coup dans son quartier, avant de ­retrouver sa fille préadolescente, à la maison, et d’allumer, avec son aide, un grand feu en attendant la police. Une photo d’elle a été prise alors : « Le regard vide que j’ai là-dessus, c’est terrifiant », commente a posteriori l’intéressée, avec un détachement déconcertant. Dans le roman de Philippe Djian, Oh…, dont le film est l’adaptation, Michèle est la narratrice, elle raconte et se raconte. Paul Verhoeven a banni la voix off : il suit son héroïne partout, sans donner accès à son intériorité. Les pièces du portrait-puzzle ne s’assemblent pas forcément. Encore plus que le livre, le film porte sur l’insondable. Sur la frontière ténue qui sépare l’innocence de la culpabilité, et la normalité de la folie. Mais, comme chez Djian, l’effroi voisine avec une sorte d’absurdité ludique, voire tonique. Michèle commande des sushis juste après avoir été violée, au lieu d’appeler la police. Elle s’engage plus tard dans une relation sadomaso des plus glauques avec son voisin d’en face. Mais le matin, ils s’entraperçoivent, frais et tirés à quatre épingles, partir chacun au travail comme si de rien n’était… Que le film soit réalisé par un Néerlandais issu de l’avant-garde des années 1970 (Turkish Délices), passé par Hollywood avec succès (Total Recall) et travaillant en France pour la première fois aboutit à un style détonnant. Elle est un suspense à l’américaine, néo-hitchcockien, où le doute plane sur l’identité du violeur de Michèle et sur la probabilité de nouvelles agressions. Le goût de Verhoeven pour la provocation et la transgression exacerbe la crudité des situations et la cruauté des rapports entre les personnages, paroles et actes confondus. Le tout dans un rire sous cape permanent qui rappelle bien souvent la misanthropie joyeuse d’un Claude Chabrol. Et le cinéaste manifeste une ingénuité réjouissante vis-à-vis des acteurs français, de Charles Berling à Judith Magre, si familiers pour nous, mais qu’il découvre. Parmi les seconds rôles, Laurent Lafitte et Virginie Efira ont rarement été aussi bien dis­tribués et dirigés, lui dans un rôle de trader à « l’âme tourmentée », elle en ­voisine croyante, le coeur sur la main. Le cas d’Isabelle Huppert (Michèle) reste à part. Si Philippe Djian avait dit avoir pensé à elle en écrivant son roman, le film fut un temps prévu aux Etats-Unis avec d’autres comédiennes. Or on ne voit pas qui aurait pu porter le rôle à ces sommets d’ambiguïté, d’amoralisme, de solitude et de solidité. L’incarnation est si totale que défilent, selon les virages du scénario, plusieurs de ses personnages antérieurs : la femme puissante, téléphone vissé à l’oreille, de L’Ivresse du pouvoir, la teigneuse à béquilles d’Abus de faiblesse ou la névrosée sexuelle de La Pianiste. C’est une compilation époustouflante, un best of de de tous les registres de l’actrice. Mais aussi, à travers « elle », survivante d’une apocalypse familiale, un hommage aux femmes, nettement plus combatives, rusées et résistantes que les hommes, dans ce jeu de massacre. Isabelle Huppert vue par Verhoeven, pour citer la période hollywoodienne du réalisateur, se situe à mi-chemin entre la Sharon Stone vénéneuse de Basic Instinct et l’indestructible Robocop.

Louis Guichard – Télérama

SÉANCES

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