GLORIA

affiche GloriaFilm de John Cassavetes
(Drame / thriller – USA – 1980 – 2h03 – V.O.S.T.)
Avec: Gena Rowlands, John Adames, Buck Henry …
Cycle « mémoire du cinéma – rétrospective John Cassavetes » en partenariat avec [Les Écrans

Gloria Swenson, une ex call-girl solitaire de New York, recueille à contrecoeur le jeune fils de ses voisins de palier assassinés par la Mafia. Gloria, qui fut autrefois la maîtresse d’un gangster, décide de protéger l’enfant et tente de négocier sa vie auprès de la pègre, n’hésitant pas à employer la violence…

« New York City, 1980. Un taxi traverse les rues de Manhattan. À l’intérieur, les yeux de Gena Rowlands toisent le jeune garçon installé à côté d’elle : « You’ve got no home, you’ve got me. » En une réplique, la relation s’est établie. Le jeune Phil Dawn, petit Portoricain de six ans veut rentrer chez lui. À ses côtés, le visage, le regard inquiet et sévère d’une femme blonde qui se penche vers lui : Gena Rowlands est Gloria. Non, ils ne rentreront pas à la maison. Compromis dans une sale affaire, les membres de la famille Dawn viennent d’être assassinés par des représentants de la Mafia. Ne restent que le petit homme de la famille, Phil, confié par les parents juste avant le massacre à cette étrange voisine Gloria Swenson, et un legs laissé par le père à l’enfant, un livre. Ce testament empoisonné contient les enregistrements des activités de la Mafia que le père de Phil, comptable de l’organisation criminelle, devait remettre à des agents du FBI. Gloria et Phil, les deux rescapés de la tuerie, s’échappent. La Mafia à leurs trousses, ils vont faire l’apprentissage de la survie, de l’affection et du don de soi, dans l’anonymat et les dédales tumultueux de la vie urbaine. À l’image de cette scène où, tranquillement installée à la table d’un café, Gloria se lève tout d’un coup, et pointe le canon de son revolver en direction d’une autre table, plus loin, là où sont assis l’air de rien leurs poursuivants, tout l’art cinématographique de Cassavetes éclate dans ce surgissement, cette manière faussement spontanée de provoquer une rupture et d’investir dans un quotidien une situation de crise, un état paroxystique. « L’instant, ou encore l’événement pur, son surgissement, sa durée, son intensité, c’est la matière même du cinéma de Cassavetes. » Dans cette concentration de scènes, d’instantanés qui s’étirent, Gloria remet en question la notion même de durée ; renvoyant dos à dos passé et futur, le film met en scène un présent dans tout ce qu’il recèle de violence. Comme un long fondu enchaîné entre la vision de l’appartement de la famille Dawn démoli par la fusillade, et l’image bien proprette du papier peint rose de la chambre de Gloria, de quelques photos noir et blanc posées sur la table de chevet, le drame passé s’efface peu à peu laissant place à une nouvelle réalité. Sur cette voisine de nulle part, Gloria, ex-maîtresse de mafieux, pèse aussi un passé criminel : on le sait sans le voir. Ce passé qui ne se raconte pas demeure pourtant au fond de Gloria. Il est la source de ses contradictions, il donne au personnage sa consistance. Ainsi, la beauté et l’émotion qui se dégagent du film par intermittence, proviennent de ces moments suspendus dans lesquels le jeu de l’actrice, comme au théâtre, dépasse et supplante les enjeux narratifs (Cassavetes fut aussi, au cours de sa carrière de cinéaste, acteur et metteur en scène de théâtre). Quitte à ne pas satisfaire un spectateur trop habitué aux rebondissements d’une intrigue ou à la succession d’événements logiques, Cassavetes choisit souvent dans Gloria, au détriment de l’action, l’expérience vivante de l’acteur. C’est dans ces instants que se révèle tout le talent de Gena Rowlands. Car Gloria vaut pour la prestation de Madame Cassavetes. Dramatique, théâtrale et cynique à souhait, la compagne du cinéaste dans la vie et son actrice fétiche déploie dans ce film éponyme une vigueur, l’émouvant mélange de fragilité et de force incommensurable que la caméra de son cinéaste d’époux saisit « au vif », dans ces états d’urgence où l’imminence du danger et l’instinct de survie la provoquent, ou encore entre deux courses poursuites, dans ces moments douloureux de répit, quand sa présence à l’écran tente de combler le vide soudainement laissé par l’absence du petit Phil, enfui : ces quelques scènes où les deux personnages se quittent pour mieux se chercher et se retrouver. La caméra s’attarde alors sur la solitude des êtres, des figures marginalisées qui ne se plient à aucune loi, même pas à celles établies par des hors-la-loi. Faut-il mettre un bémol à tout ça ? Dans le cas de Gloria, on a souvent reproché au réalisateur de chefs-d’œuvre tels que Shadows, Faces et d’Une femme sous influence certaines faiblesses du scénario et une esthétique « série-télé-des-années-soixante-dix » qui aujourd’hui, il est vrai, ringardise quelque peu le film. Malgré ses défauts, l’œuvre survit parce que par-delà la performance de son actrice principale, Gloria fait jouer un autre personnage : une Amérique, qui voit naître, grandir, mourir ses enfants esseulés. Cassavetes dresse ainsi le portrait d’une Amérique de corrompus, de solitaires ; il dessine le visage d’une Amérique dans laquelle, au croisement de ses rues, on sent poindre le rêve. Pas le fameux rêve américain que transportent Hollywood et ses studios (Gloria par son titre est aussi un clin d’œil à une grande dame du passé, Gloria Swanson, star du cinéma muet) mais un rêve évoqué dans une jolie scène par le petit Phil : « What are your dreams like ? Do you remember of anything ? » demande-t-il à Gloria. Un rêve de croissance, de partage, un rêve dans lequel les acteurs ne sont plus des vitrines, des mythes ou des symboles, mais des êtres humains. »
Marie Bigorie – Critikat.com

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 04 novembre à 20h30
lundi 09 novembre à 18h

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mardi 10 novembre à 21h

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