JOHNNY S’EN VA EN GUERRE

affiche Johnny s'en va en guerreFilm de Dalton Trumbo
(Drame – USA – 1973 – 1h50 – V.O.S.T.)
Avec: Timothy Bottoms, Don ‘Red’ Barry, Mike Lee, Donald Sutherland …
Cycle « mémoire du cinéma » en partenariat avec [Les Écrans,
Film programmé dans le cadre d’un partenariat avec l’UTL pour une conférence d’Yves Morel « l’Ardèche à la veille de la 1ere guerre mondiale ».

En 1918, Johnny est gravement blessé par un obus. Devenu sourd et n’ayant plus de membres, il n’est plus qu’un mort-vivant maintenu en vie pour faire progresser la science. Parvenant à s’exprimer avec ses yeux, il demande à son infirmière de mettre fin à sa vie.

« Célèbre scénariste victime de la chasse aux sorcières et de la terrible liste noire pour ses sympathies de gauche, Dalton Trumbo choisit pour la première fois en 1971 de passer derrière la caméra afin d’adapter son propre roman écrit en 1938, Johnny s’en va-t-en guerre. Pas vraiment de hasard dans ce choix lorsque l’on connait le contexte politique de création des deux œuvres. Ainsi, le livre faisait clairement écho aux menaces de guerre incessantes qui parcouraient le monde en 1938, et pouvait ainsi s’inscrire dans un courant de la littérature des années 30 que l’on peut qualifier de pacifiste. Pas étonnant que Dalton Trumbo reprenne cette histoire à l’aube des années 70, au moment où les images de soldats blessés parviennent tous les jours dans les foyers américains à cause de la guerre du Vietnam. Si le long-métrage se veut une évocation de la Grande Guerre de 14-18, le personnage emblématique interprété par Donald Sutherland nous met immédiatement sur la voie de la métaphore politique. Effectivement, l’acteur arbore une barbe christique et des vêtements qui nous propulsent inévitablement dans les années 60-70 tendance hippie, tandis que le choix de l’acteur n’est pas non plus un hasard : Donald Sutherland venait de se faire remarquer pour sa prestation dans le M.A.S.H. (1970) de Robert Altman, autre virulente évocation de la guerre sur un mode sarcastique. Film de guerre totalement atypique, Johnny s’en va-t-en guerre adopte une forme pour le moins étrange en se glissant dans la tête d’un soldat amputé des bras, des jambes et défiguré, sur qui les militaires pratiquent un acharnement thérapeutique. Le spectateur suit donc le calvaire médical du jeune homme à travers une voix off incessante et bouleversante. Ayant conscience de la radicalité de son dispositif, le cinéaste alterne les séquences d’hôpital avec des flashbacks de la vie du jeune engagé, de son enfance passée aux côtés de son père à l’explosion d’un obus dans sa tranchée en passant par sa première expérience amoureuse. Peu à peu toutefois, les idées du soldat se brouillent et le réalisateur opère un glissement progressif du film vers le fantastique et l’onirisme. Il en profite alors pour signer des scènes magnifiques qui chantent la beauté de la vie, tout en faisant des références picturales aux surréalistes (on pense aux toiles de Dali, d’Yves Tanguy et de Magritte). Toutefois, c’est bien l’extrême noirceur des séquences dans l’hôpital militaire qui restera à jamais gravée dans les mémoires de tous les cinéphiles. Ce vibrant plaidoyer pour la paix est également un poème radical contre toute forme d’acharnement thérapeutique et plus globalement contre la bêtise humaine, incarnée ici par des militaires bornés qui n’ont en tête que l’honneur de leur corps de métier. En cela, le dernier plan peut aisément être considéré comme l’un des plus implacables de toute l’histoire du cinéma. Couronné du Grand Prix du Jury au festival de Cannes 1971, le film de Dalton Trumbo méritait sans nul doute la Palme (glanée cette année-là par le très classique Le messager de Joseph Losey). Il a en tout cas obtenu au final le prix le plus important qui soit : le statut tant envié de film culte. Hymne pacifiste bouleversant, l’unique réalisation de Dalton Trumbo est un film coup de poing qui ne laissera aucun spectateur indemne. A redécouvrir en salle en version restaurée. »
Virgile Dumez – A voir-A lire

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
jeudi 16 octobre à 13h30 (séance scolaire ouverte à tous)
samedi 18 octobre à 20h30 (suite de la conférence « l’Ardèche à la veille de la 1ère guerre mondiale)

Lamastre (centre culturel)
mardi 21 octobre à 20h30

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