JULIETA

affiche-julietaFilm de Pedro Almodovar
Drame – Espagne – 2016 – 1h39 – VOST
Avec Emma Suárez, Adriana Ugarte, Daniel Grao

Comme Julieta, Pedro revient toujours – à son esthétique baroque, à ses obsessions thématiques (la mère, la perte, l’échec de l’amour) – mais jamais tout à fait le même. Ca mériterait bien une palme.
Première

Le vingtième film du réalisateur espagnol est une pure merveille.
Ouest France

Comment vivre sans ceux que l’on aime? C’est tout l’enjeu de ce film subtil, rare, intelligent et intense. La mise en scène d’Almodóvar, dépouillée de tout effet baroque, empoigne le spectateur dès le début pour ne plus le lâcher. (…) Un coup de coeur.
Le Journal du Dimanche

SYNOPSIS

Julieta s’apprête à quitter Madrid définitivement lorsqu’une rencontre fortuite avec Bea, l’amie d’enfance de sa fille Antía la pousse à changer ses projets. Bea lui apprend qu’elle a croisé Antía une semaine plus tôt. Julieta se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec sa fille qu’elle n’a pas vu depuis des années. Elle décide de lui écrire tout ce qu’elle a gardé secret depuis toujours. Julieta parle du destin, de la culpabilité, de la lutte d’une mère pour survivre à l’incertitude, et de ce mystère insondable qui nous pousse à abandonner les êtres que nous aimons en les effaçant de notre vie comme s’ils n’avaient jamais existé.

CRITIQUE

Récit à tiroirs, avalanche de drames et chronologie sophistiquée : cette année à Cannes, Almodóvar sort le grand jeu pour dire la fragilité des liens entre les êtres. Un grand cru du maître espagnol . « Merci de ne pas me laisser vieillir seule » : Julieta, la cinquantaine, répète mot pour mot ce que son compagnon vient de lui dire, au milieu des cartons. Ils sont d’accord pour quitter Madrid ensemble, à jamais, et s’établir au Portugal. Mais en un instant, tout bascule : quelqu’un, dans la rue, parle à Julieta de sa fille, qu’elle n’a pas vue depuis des années. Comme d’autres rechutent dans l’al­cool ou la drogue, elle s’abandonne soudain à l’obsession de revoir son ­enfant, devenu une femme. Elle rompt avec son compagnon, se réinstalle seule à Madrid et replonge dans le passé… Les fans du Pedro Almódovar mature (disons depuis Tout sur ma mère) apprécieront cette superbe entrée en matière : après la parenthèse trop légère des Amants passagers, retour à l’intensité romanesque et au portrait de femme, avec la promesse d’une histoire gigogne, mélangeant les époques. Il y a pourtant un défi invisible derrière cette maîtrise : le cinéaste épris de rebondissements mélodramatiques adapte, cette fois, Alice Munro, écrivaine canadienne plutôt versée dans l’infime et le quotidien. Pour accumuler les munitions qui lui sont nécessaires, Almodóvar assemble, donc, plusieurs nouvelles et condense leur trame, sans craindre le trop-plein. D’où un récit comme une fuite en avant, mais dans le passé. Le sentiment de culpabilité est l’inattendue force motrice du film. Julieta l’éprouve très jeune, après le suicide d’un homme, inconnu, qu’elle avait refusé d’écouter. De cette épreuve naît finalement un grand amour, charnel et consolateur, lui-même défait, des années après, dans la certitude, cette fois inconsolable, d’une nouvelle faute. Le train, théâtre de la première disparition, mais aussi de la première nuit d’amour, est un décor de cinéma par excellence, habité, ici, par les fantômes de Hitchcock — L’Inconnu du Nord-Express, La Mort aux trousses, Une femme disparaît… Almodóvar en tire des scènes magnifiques, proches du songe, avec vue sur la nuit hantée, à travers la vitre. Mais le train est aussi la métaphore du vrai sujet de Julieta : le passage du temps, la fugacité des liens, l’évanescence des êtres, qui apparaissent puis s’éclipsent de nos vies, parfois sans un mot. Non seulement l’héroïne voit, au fil du récit, se volatiliser son amoureux et sa fille, mais la chronologie affolée du film, avec ses flash-back, accélérations et ellipses, montre des personnages rattrapés par l’âge, les accidents et la maladie. Tout raconte que l’existence est une succession de pertes et d’adieux informulés. A cette gravité, le maître espagnol donne, toujours, une traduction étrangement séduisante. Pour évoquer les années 1980 et la prime jeunesse de Julieta, il ressuscite la merveilleuse débauche chromatique de sa période Movida. Quand elle devient une autre femme, transformée par le chagrin et les remords, il passe d’une actrice (Adriana Ugarte) à une autre (Emma Suarez) dans la même scène, élégante et suave, qui rappelle les métamorphoses de Tippi Hedren dans Pas de printemps pour Marnie. Saisissante aussi, cette virtuosité à faire parler, instantanément, les lieux, telle cette maison de pêcheur, qui abritera le mariage de Julieta : d’emblée, c’est une image mentale, aussi attirante qu’annonciatrice de naufrages… Avec sa conclusion abrupte et amère, qui suggère une transmission de la culpabilité, le film s’éloigne des réussites consensuelles du cinéaste comme Parle avec elle ou Volver. Mais il fascine par cette alchimie entre la noirceur désenchantée du fond et l’éclat rédempteur de la forme.

Louis Guichard – Télérama

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