LEOPARDI, IL GIOVANE FAVOLOSO

affiche LéopardiFilm de Mario Martone
(Biopic – Italie – 2015 – 2h15 – V.O.S.T.)
Avec: Elio Germano, Michele Riondino, Anna Mouglalis, Massimo Popolizio …

Italie. XIXe siècle. Giacomo Leopardi est un enfant prodige. Issu d’une famille aristocratique, il grandit sous le regard implacable de son père. Contraint aux études dans l’immense bibliothèque familiale, il s’évade dans l’écriture et la poésie. En Europe, le monde change, les révolutions éclatent et Giacomo se libère du joug de son père ultraconservateur. Génie malheureux, ironique et rebelle, il deviendra, à côté de Dante, le plus célèbre poète italien.

« Leopardi est un anti-Guépard. Il n’y a pas de joutes entre aristocrates, d’interminables robes de crinoline et de bals grandiloquents. Le réalisateur napolitain Mario Martone filme au plus près la mélancolie d’un homme, celle du poète italien Giacomo Leopardi, né en 1798 et mort en 1837, qualifié par Musset de «sombre amant de la mort». Dans le rôle-titre, l’acteur Elio Germano, 35 ans, apparu dans la Nostra Vita, et qui déroule un jeu incroyablement habité. Dans l’obsession pour la «performance» des biopics actuels, sa présence tranche. Et si le Romain enfile des fausses bosses pour simuler les handicaps de l’écrivain, sa fièvre est intériorisée, jamais dans la surenchère. C’est celle d’un homme qui a dédié sa courte vie au savoir, à l’étude, jamais au plaisir : «Être acteur, c’est disparaître, ne pas faire de bruit ni tout montrer. Il fallait montrer ses maladies mais ne pas trop utiliser de choses idiotes, d’artifices», disait le comédien, de passage à Paris la semaine dernière. En Italie, Leopardi est connu comme Rimbaud en France. Les écoliers apprennent des vers de ses poèmes, A Silvia ou l’Infini, les adolescents se projettent dans son mal-être. Comment filmer un personnage pareil ? Martone le fait en se rapprochant le plus possible du réel. Tourné à Recanati, la ville natale de Leopardi, puis à Rome, Florence et Naples, suivant son parcours, le film se nourrit des dizaines de journaux intimes ou de correspondances du poète graphomane, dont tous les dialogues sont tirés. C’est dans son attachement à une réalité biographique que le film trouve toute sa matière éblouissante. Et Martone s’autorise une rare ampleur romanesque, il filme les fantasmes du poète, ose recréer en images de synthèse un délire romantique de déesse géante couverte de sable ou une éruption du Vésuve magnifiée. Elio Germano : «Pendant quatre mois, j’ai préparé le rôle en me plongeant dans ses écrits, en discutant avec des universitaires, des érudits. Après ces mois d’études, je voulais à peine tourner et continuer à travailler, isolé.» Cet enfermement, c’est également celui de Leopardi, qui vécut son enfance et son adolescence claquemuré par un père effroyable dans la bibliothèque de la maison familiale de la provinciale Recanati. Le garçon y apprend l’hébreu, les sciences, le latin, la littérature classique, la philosophie, l’astrologie, toutes les humanités possibles. Mais depuis ce cachot de savoirs, d’où il écrit le fameux vers «Je suis mûr pour la mort», il ne pense qu’à s’enfuir pour découvrir la vie que son génie lui réserve. La suite sera plus triste : Leopardi est malade, porte son malheur sur son corps qui se voûte avec les années. A Rome et à Florence, il parvient à peine à se faire accepter par les milieux artistiques. Un confrère lui sort : «Il est détestable de nos jours d’afficher un désespoir si ostentatoire.» Leopardi souffre trop, même pour le romantisme, dont il préfigure, par sa vie et ses écrits, le début de la fin. Leopardi, cet être difforme à la conversation raffinée, passe à côté de toutes les femmes, d’une riche mondaine (Anna Mouglalis, dont la voix sonne très joliment en italien) aux putes d’un bordel napolitain troglodyte dantesque. Ce gel qui fige Leopardi ne concerne pas seulement ses amours. La curiosité du film, et donc sa beauté, c’est qu’il ne s’y passe quasiment rien : on voit le corps de l’auteur s’abîmer, on le voit lire et souffrir, être soutenu par un ami intime, manger des glaces, fuir une épidémie de choléra… Mais pas grand-chose de plus. Il n’y a là aucun événement qui fait basculer une vie qui, pour le coup, ne bascule jamais. Elio Germano : «Leopardi était le poète de l’infime, de l’invisible, de, comme il le disait, « toutes les choses qui ne sont pas choses ». Créer de l’événement l’aurait trahi.» La lente destruction physique de l’écrivain, la célébration du malheur en font un rebelle. Mario Martone le filme comme un astre rock carbonisé par son rêve et son ambition. Le pays, non unifié, n’existe pas encore, mais il l’écrit : «Ma patrie, c’est l’Italie, sa langue, sa littérature.» «On a perdu l’infinie possibilité du cinéma, la liberté d’inventer des choses», dit Germano, acteur et rappeur antifasciste très impliqué dans le mouvement des centri sociali, squats-espaces culturels autogérés. Sorti après sa sélection à la Mostra de Venise, Leopardi est un succès en salles en Italie tout relatif, mais formidable pour un film d’auteur. Par son faste plus intellectuel que clinquant, Leopardi a quelque chose d’un défi lancé au cinéma transalpin, aujourd’hui pas très vaillant, une invitation à relancer son «style», chose que même les critiques les plus violents de Leopardi de son vivant ne pouvaient pas nier. »
Clément Ghys – Libération

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
vendredi 08 mai à 21h
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lundi 11 mai à 18h

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dimanche 10 mai à 18h
mardi 12 mai à 21h

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