LA GRANDE ILLUSION

la-grande-illusion-afficheFilm de Jean Renoir
(Drame / Guerre – France – 1937 – 1h54)
Avec: Jean Gabin, Pierre Fresnay, Marcel Dalio …
Cycle « mémoire du cinéma » en partenariat avec Les Écrans

Tourné à l’aube de sa quarantaine, le vingt-et-unième film de Jean Renoir, La Grande Illusion, est celui qui lui valut sa renommée en France comme à l’international. Pourtant, cette œuvre majeure, peut-être l’une des plus personnelles de son auteur, est née dans la douleur et rencontra, par la suite, difficultés et résistances. Appuyé par Jean Gabin, son acteur fétiche de La Bête humaine, il lui fallut, en effet, plus de deux ans pour convaincre des producteurs de s’engager, et encore au gré de nombreuses concessions. Sorti sur les écrans français au printemps 1937, La Grande Illusion connut rapidement les foudres de la censure : il fut interdit en Allemagne, en Italie mais aussi dans la France occupée. Ce n’est qu’en 1946 que le film ressort en France dans une version tronquée avant qu’une version intégrale apparaisse sur les écrans à la fin des années 1950. Comment expliquer que, aujourd’hui encore, cette histoire d’officiers français prisonniers pendant la Première Guerre mondiale touche autant par la force de son message que par ses qualités esthétiques ? L’universalité et l’a-temporalité de La Grande Illusion tiennent avant tout du traitement et des partis-pris de Renoir. À l’image de son titre, le film multiplie d’ailleurs les (fausses) illusions. On pourrait croire l’écriture simple, et pourtant le scénario est un modèle de rigueur où l’apparente linéarité de l’histoire est rendue complexe par un jeu savant d’ellipses et de montage alterné. Illusion aussi il y a, dans ce film de guerre qui, comme dans la tragédie classique, laisse les batailles en hors champs. Là où Hollywood aurait pu en tirer uniquement un film de genre, Renoir, lui, se concentre sur ses personnages et les idéaux qu’ils véhiculent. Aux combats, le cinéaste préfère la guerre des mondes et des classes. Si La Grande Illusion peut ainsi être considéré comme un grand film humaniste, c’est qu’il est avant tout un film d’Hommes, s’appuyant sur une galerie de protagonistes extrêmement bien définis. Jean Gabin la grande gueule, esprit provoquant capable de mettre les différentes classes sociales face à leurs paradoxes, Marcel Dalio le riche héritier Rosenthal, Julien Carette le gai luron de la troupe, acteur des variétés qui a un goût certain pour les calembours ou encore Pierre Fresnay qui, sous le traits du capitaine de Boëldieu, traduit brillamment les errances d’une aristocratie qui sent son heure arriver. La thèse véhiculée par La Grande Illusion est que la guerre a au moins une faculté, celle de réunir en apparence les classes sociales (voire les camps ennemis) et de mettre un vernis sur les inégalités. Alors finalement, quelle est cette « grande illusion » dont fait référence le titre ? Est-ce celle de croire que les Boëldieu, les Maréchal et les Rosenthal seront toujours liés après la guerre ? Est-ce l’illusion de croire que la guerre de 14-18 sera la dernière? Ou bien est-ce une manière de renvoyer à la théâtralité de l’existence, si chère à Renoir ? En tous cas, l’histoire est immortelle, et toutes les scènes de ce film méritent de figurer dans le panthéon du 7ème Art. Du sublime et de l’évasion à chaque plan. Un chef d’œuvre!

Bande annonce

Séances

Vernoux (salle Louis Nodon)
samedi 19 janvier à 20h30
lundi 21 janvier à 18h

Lamastre (centre culturel)
mardi 22 janvier à 20h30

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