LA SOCIALE

Film de Gilles Perret
Documentaire
France – 2016 – 1h24
Ciné débat

Le cinéaste Gilles Perret en restitue le sens et les valeurs issus du Comité national de la Résistance. Œuvre utile.
L’Humanité

C’est tout l’intérêt de ce documentaire que de réhabiliter un homme et une oeuvre, en rappelant combien les lois du marché et leurs appétits voraces constituent une menace pour notre système de protection sociale.
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Le réalisateur Gilles Perret retrace l’histoire de l’institution, née après la Libération et attaquée désormais de toutes parts.
Le Monde

SYNOPSIS

En racontant l’étonnante histoire de la Sécu, La Sociale rend justice à ses héros oubliés, mais aussi à une utopie toujours en marche, et dont bénéficient 66 millions de Français.

CRITIQUE

La Sécurité sociale a 70 ans et fait le quotidien de chacun, pourtant son histoire est mal connue quand elle n’est pas l’objet d’un véritable révisionnisme. Le cinéaste Gilles Perret en restitue le sens et les valeurs issus du Comité national de la Résistance. Œuvre utile.

Un nonagénaire souriant emprunte en voiture une route qui épouse les rives d’un lac. On le sent habitué du trajet. Jolfred Frégonara est selon ses termes « un des derniers poilus de la Sécu ». Un piano doux, les feuillages qui ­ondoient sur le pare-brise accompagnent son récit. L’homme est né en 1919 dans une famille athée. « Papa était un socialiste ­révolutionnaire. » Alors, dès la sortie de l’école de mécanique, direction la Bourse du travail, l’adhésion à la CGT. Défilent en quelques phrases le Front populaire, la guerre qui le contraint à fuir le STO. Il finit par gagner la Haute-Savoie où il intègre une unité ­combattante de FTP. Nous voici face à une photo à l’émouvant noir et blanc devant laquelle on s’attarde du regard. C’est le 6 septembre 1944, les syndicalistes CGT de la métallurgie d’Annemasse. Un jeune Jolfred y figure qui, deux ans plus tard, en deviendra le secrétaire général et adhérera au PCF. Images précieuses de celui qui nous quittait en août dernier.

Le témoignage rare et riche d’enseignement de Liliane Croizat

Dans son film précédent, les Jours heureux, Gilles Perret revenait sur le programme du Comité national de la Résistance et les ­ordonnances de 1945 et 1946 qui sont encore au cœur du système social français. L’histoire de la Sécurité sociale reste pourtant largement méconnue quand elle n’est pas l’objet d’un véritable révisionnisme ainsi que la Sociale s’emploie à le démontrer. À commencer par celui qui en fut le fondateur, le ministre communiste Ambroise Croizat. Afin de le faire revivre, Gilles Perret convoque l’écrivain et historien Michel Etiévent, d’abord posté au seuil de l’usine métallurgique de La Léchère. Au milieu de la fournaise, les ouvriers en scaphandres accomplissent une geste risquée, comme couverts d’or par les hautes flammes. En sombre contrepoint, Michel Etiévent raconte la vie d’avant la Sécurité sociale. Une existence dans la peur de la maladie, de l’accident qui, à tout instant, pouvaient en briser les fils. La retraite en antichambre de la mort. Lui-même fils d’une femme de ménage qui avait à charge huit enfants, Michel Etiévent rend à Croizat ce qu’il sait lui devoir. Les vacances, le doublement des allocations, puis l’accès aux livres du comité d’entreprise, les bourses scolaires et enfin l’université. « Croizat, affirme-t-il, c’est le droit de vivre. » Tout son itinéraire sera ressuscité avec le témoignage de sa fille Liliane Croizat.

Organiser rationnellement une société juste et solidaire

Au sortir de la guerre, la tâche est colossale. Conformément au programme du CNR, le texte instituant le cadre général de la Sécurité sociale est certes adopté, un ministre communiste nommé par le gouvernement du général de Gaulle pour l’appliquer. La CGT a compris l’enjeu. Il s’agit d’organiser en quelques mois un système complet assurant le versement des cotisations « patronales » et le service des prestations dues aux allocataires dans les trois branches : maladie, famille, retraite. Les besoins sociaux sont considérables. Le patronat en grande partie sali dans la collaboration relève la tête. L’Église craint de perdre l’influence qu’elle exerce par le biais de ses associations ­caritatives. Des caisses de secours locales rechignent. La CFTC fait un pas de côté. À l’instar de Jolfred Frégonara, des syndicalistes CGT travaillent d’arrache-pied dans tous les départements pour bâtir cet immense édifice dans un pays ruiné. Frégo, comme tous le surnomment, resitue inlassablement les rôles respectifs des milliers de militants, d’Ambroise Croizat, du directeur de la Sécurité sociale, haut fonctionnaire gaulliste, Pierre Laroque. Seul ce dernier patronyme baptise l’amphithéâtre de l’École nationale de la Sécurité sociale à Saint-Étienne. Nulle trace de Croizat. À Paris, au ministère du Travail, François Rebsamen, titulaire au moment du tournage, s’énerve à la mention de Croizat et quitte son bureau au pas de l’arrogance à front bas.

Depuis 1946, la Sécurité sociale aura connu nombre d’attaques. Gilles Perret en retrace les grands axes. Il souligne d’une part le fameux « trou » qui révèle le refus patronal des cotisations. De l’autre, les appétits de l’assurance privée qui entend « gérer les risques » en lieu et place de la Sécu. Le cinéaste convoque historiens et sociologues à l’appui de son système profondément humaniste et efficient. Anne Gervais, hépatologue à l’hôpital Bichat, le démontre au vif des patients. Archives et actualités, actualités et archives… selon Ambroise Croizat, il fallait organiser rationnellement une société juste et solidaire. Pas de liberté sans protection. Pas d’égalité sans solidarité.

Dominique Widemann – L’Humanité

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