LE CHANT DE LA MER

Affiche Le chant de la merFilm de Tomm Moore
(Animation – Irlande – 2014 – 1h33 – V.F.)
Film tout public à partir de 5 ans

Ben et Maïna vivent avec leur père tout en haut d’un phare sur une petite île. Pour les protéger des dangers de la mer, leur grand-mère les emmène vivre à la ville. Ben découvre alors que sa petite sœur est une selkie, une fée de la mer dont le chant peut délivrer les êtres magiques du sort que leur a jeté la Sorcière aux hiboux. Au cours d’un fantastique voyage, Ben et Maïna vont devoir affronter peurs et dangers, et combattre la sorcière pour aider les êtres magiques à retrouver leur pouvoir.

« Tiens, une assemblée de phoques, qui nous regardent droit dans les yeux, nous qui sommes sur la plage. Du moins, le croyons-nous, incultes spectateurs qui n’avons jamais entendu parler des Selkies. Tiens, il pleut en continue, d’une pluie drue et sonore. Nous sommes en Irlande ou en Écosse, dans un phare très peu approprié pour l’éducation des enfants, c’est la conviction de la grand-mère qui extrait de force Ben et sa petite sœur Maïna de leur domicile propice aux rêves, pour les éduquer en ville. La mère a disparu au moment de la naissance de Maïna. En formulant un vœu, qui fait figure d’injonction pour Ben : «Tu seras le meilleur des frères possible.» Le père se retrouve seul pour élever ses enfants, et gagner la vie de tous. Non, il n’y aura pas de marâtre, ni de nouvel enfant chéri, les contes de Perrault sont loin. Et l’on se rend compte que, par ce résumé, on fait peu cas de la poésie du Chant de la mer, le nouvel opus de Tomm Moore, précédemment nominé aux oscars pour Brendan ou le secret de Kells, en laissant croire qu’il s’agit d’un dessin animé néoréaliste en pays celtes, et en omettant la magie des images aquatiques et la résurgence de plusieurs mythes irlandais. On a des circonstances atténuantes. Le film est riche et s’appréhende par de multiples facettes, selon que l’on est un aîné qui craint que son territoire soit sabordé par l’arrivée d’un nouveau bébé, une fratrie inséparable qui découvre des pouvoirs magiques que leurs parents ignorent, un enfant qui conteste la norme par un refus obstiné d’entrer dans le langage, une grand-mère inquiète et inquisitrice, un père célibataire, une petite sirène égarée dans une salle de cinéma, ou encore un adulte ronchon qui se demande pourquoi les têtes sont si rondesdans les représentations que le film offre des humains. Revenons aux phoques qui nous regardent dans l’eau, tandis que le grand frère est parti en gilet de sauvetage surveiller sa petite sœur aimantée par la mer. Revenons aux Selkies dont on comprend, au cours du film, que ce sont des êtres magiques, mi-femme, mi-phoque, qui se transforment au contact de l’eau, mais perdent leur voix sur terre lorsqu’on leur enlève leur manteau d’animaux marins… Revenons au coquillage qu’offre la mère avant de mourir et qui permet d’entendre le chant de la mer. Que cache donc l’incapacité à parler de la sœur ? Durant ce parcours initiatique où les enfants fuiront dans l’eau, comme un remake inventif de la Nuit du chasseur, on aime particulièrement la rencontre avec le Grand Chanaki, ce vieillard dont la mémoire se situe dans la chevelure et qui «oublie une histoire pour toujours» à chaque fois qu’on lui arrache un cheveu. Ce qui fait la force du film de Tomm Moore, c’est son ancrage dans l’enfance du cinéaste et notamment dans les années 80, qui colorent le film d’une émotion biographique. Les dessins animés permettent de tout offrir aux personnages : le don de voler comme celui de terrasser les hiboux – ici des êtres maléfiques qui pensent que «les sentiments sont des poisons, ils grandissent en vous et font souffrir». Le possible choisi n’est émouvant que s’il rencontre une nécessité interne. Dans ce parcours initiatique, le grand frère qui rendait responsable sa sœur de tous les malheurs finira par plonger sans bouée de sauvetage dans une mer habitée de monstres marins pour la sauver et investir sa place d’aîné, tandis que la parole vient en elle. Magie celte et roman familial dans un beau dessin animé d’inspiration autobiographie. »
Anne Diatkine – Libération

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 20 mai à 15h

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