LE FILS UNIQUE

Affiche Le fils uniqueFilm de Yasujirō Ozu
(Comédie dramatique – Japon – 1940 – 1h27 – V.O.S.T.)
Avec: Choko Iida, Shin’ichi Himori, Masao Hayama …
Film programmé dans le cadre de notre cycle « mémoire du cinéma », en partenariat avec [Les Écrans

En 1923, dans la province de Shinshu, une veuve travaillant dans une fabrique de soie décide d’envoyer son fils unique à Tokyo afin qu’il puisse acquérir une meilleure éducation. 13 ans plus tard elle se décide enfin à lui rendre visite et réalise qu’il ne mène pas la vie qu’elle a rêvée pour lui.

« Que voyait, que pouvait voir, un critique de 1936 découvrant le Fils unique de Yasujiro Ozu ? Etait-il sensible à la pureté et à l’immédiateté de ce cinéma de cristal qui, vu d’ici, ressemble à un paradis perdu ? Ozu a 33 ans quand il tourne ce film resté inédit en France, et qui est aussi son premier parlant. Il est alors cinéaste depuis une dizaine d’années, mais a déjà réalisé plus de trente œuvres, pour beaucoup disparues. Ozu ne se convertit au parlant que tardivement, la technique existant depuis plus de six ans lorsqu’il y consent enfin, à contrecœur, comme il traînera des pieds plus tard pour passer à la couleur.  La trame du Fils, ténue et édifiante, est placée sous le signe de cette citation implacable, empruntée aux Paroles d’un nain de Ryonosuke Akutagawa : «Le drame de la vie commence avec le lien entre parents et enfants.» On y voit une veuve courage de l’arrière-pays sacrifier les maigres revenus que lui procure son emploi dans une filature de soie pour payer le lycée à son jeune garçon. Treize ans plus tard, celui-ci s’est installé à Tokyo, où sa mère lui rend visite, découvrant la vie misérable qu’il tentait de lui cacher.   De nombreux intermèdes construisent un rude tableau du Japon ouvrier d’avant-guerre : des terrains vagues urbains boueux où vaquent les enfants mal nourris, des fileuses dormant à même leurs usines de textiles et rappelant la Chine d’aujourd’hui, un vieux professeur déchu qui vend du porc pané… La brutalité du contexte social n’a d’équivalent que la douceur des sentiments qui lient les personnages et qu’Ozu met en scène avec cette même ambivalence : son artisanat est si pointilleux qu’il touche à l’os sans cesser de caresser la peau. Le Fils unique est magnifiquement conforme à tout ce que l’on connaît du cinéma du maître, toute son œuvre pouvant pratiquement former un film continu, une saga, avec ses effets de troupe, ses thèmes inoxydables et ses personnages récurrents. Cet inédit précieux nous fait ainsi renouer avec ces fameux plans à hauteur de tatami, cadrés par ces panneaux coulissants qui tracent les volumes de l’habitat japonais. Des plans si proches qu’on a parfois l’impression d’une miniature, une maquette réduite que le géant Ozu agence comme une maison de poupées et qu’il pourrait pulvériser du poing. On y retrouve aussi le goût des mômes qui passent (ici, un certain Tomi qu’on n’oubliera pas), celui des engagements solennels pleins de larmes («Je deviendrai un grand homme !») et le classicisme inaltérable du format 1,33. La nouveauté du son conduit aussi Ozu à réfléchir en s’amusant. L’une des scènes les plus étonnantes voit le fameux fils emmener sa mère, pour la première fois de sa vie, au «cinéma parlant». Mais, face aux chants d’une comédie romantique allemande, celle-ci s’endort… Les scènes dialoguées ne sont pas légion, mais elles sont cruciales, et montrent un cinéaste tout à fait à l’aise avec cette nouvelle technique, même si c’est autre chose qu’il semble très soucieux d’enregistrer : le martellement inquiétant, profond et perpétuel des filatures. Le son, déjà, dessine chez Ozu tout un hors-champ sensible et politique. »
Olivier Séguret – Libération

Séances

Vernoux (salle Louis Nodon)
samedi 19 octobre à 21h
lundi 21 octobre à 18h

Lamastre (centre culturel)
mardi 22 octobre à 21h

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