LE JOLI MAI

Affiche Le joli maiFilm de Chris Marker & Pierre Lhomme
(Documentaire – France – 1963 – 2h16)
Avec: Yves Montand, Chris Marker, Simone Signoret…
Film programmé dans le cadre des cycles « mémoire du cinéma » et « printemps du documentaire », en partenariat avec [Les Écrans.

Paris, mai 1962. La guerre d’Algérie vient de s’achever avec les accords d’Evian. En ce premier mois de paix depuis sept ans, que font, à quoi pensent les Parisiens ? Chacun témoigne à sa manière de ses angoisses, ses bonheurs, ses espoirs. Peu à peu, se dessine un portrait pris sur le vif de la France à l’aube des années 60.

« Avec son titre à fredonner, le Joli Mai peut être vu comme une fable. Celle de l’araignée et de l’équilibriste. La première est une vraie araignée qui batifole sur le costume de l’inventeur d’une voiture à conduire sans toucher le volant. Le second est un soldat en uniforme qui, à l’arrière-plan de l’entretien avec l’inventeur, se lance sur une balustrade. Tout ça dans le même plan, le même cadre. Telle est la morale de la fable : regarder les choses en face, c’est aussi les regarder de côté. Cette vision en biais est l’un des charmes fous du documentaire réalisé en 1962 par Chris Marker et Pierre Lhomme, dont la sortie en copie restaurée est un bonheur à partager d’urgence. Dans une note d’intention rédigée en 1961, Marker écrivait : «Que repêchera-t-on de nos années à nous ? Peut-être tout autre chose que ce que nous y voyons de plus voyant.» De fait, avec le temps, le Joli Mai est devenu ce qu’il n’était pas : une formidable archive qui documente les bouleversements qui redessinèrent la capitale – chantiers d’aménagement, nouveaux logements, naissance du quartier de la Défense avec son Cnit, mais sans ses tours. Le Joli Mai jette aussi plus qu’un œil sur la persistance de zones de misère inouïes : des taudis en plein centre ; les bidonvilles (dont celui de Nanterre) qui cernaient la ville. Tout habité d’urbain, le Joli Mai est un modèle d’urbanité. Cette façon systématiquement bienveillante d’interroger les Parisiennes et les Parisiens, d’aller les chercher sur le terrain de leurs trésors (rêves, ambitions, poésie) et jamais du côté du pittoresque, ou pire, du ricanement. Quand une mère de famille nombreuse explique qu’elle va quitter son taudis pour un quatre pièces «moderne», le Joli Mai est du côté de son bonheur. De même quand Marker, lanceur de questions comme on lance des galets à la surface des choses pour les faire ricocher, demande à un Algérien de 19 ans s’il a la foi. «La foi en quoi ?, réplique le jeune homme. La foi en l’amour ?» Marker et Lhomme, physiciens de l’humain, donnent à voir et à entendre des visages, des corps, des caractères, des paroles. Le Joli Mai est aussi un film sur le silence. A cet égard, l’omertà sur la guerre d’Algérie qui vient de se terminer est sidérante, même si l’apparition récurrente de flics sur les lieux publics du tournage explique ce non-dit. Mais le silence dans la manif qui accompagne l’enterrement des victimes du métro Charonne est d’une autre espèce, profondément politique. A chaque rencontre, le récit transpire d’un sens du bien commun qui, par-delà les accents ou les vêtures qui signent l’appartenance de classe, fédère le titi et la bourgeoise, le garagiste et le courtier en Bourse. Non pas tant un esprit parigot-frondeur folklorique qu’une façon très vive de vivre la ville, de vivre sa vie, ensemble. […] »
Gérard Lefort – Libération

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 12 avril à 21h
lundi 14 avril à 18h

Lamastre (centre culturel)
mardi 15 avril à 20h30

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