LES GARCONS DE FENGKUEI

affiche-les-garcons-de-fengkueiFilm de Hsiao-hsien Hou
Drame
Taiwan – 1983 – 1h41 – VOST
Avec Niu Doze, Niu Cheng-Che, Lee Hsiu-Ling, Chung Hua Tou, Yang Li-Yin
Montgolfière d’or Festival des Trois Continents de Nantes 1984

Les Garçons de Fengkuei, c’est le long métrage où se déploie vraiment le style naturaliste de Hsiao-hsien Hou. Coup d’essai / coup de maître vu qu’il s’agit d’un des plus beaux films de son auteur à ce jour. .
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Cette œuvre essentielle, l’une des plus somptueuses du cinéma contemporain, a connu en trente-six ans bien des évolutions, dont la plus spectaculaire se rejoue au cœur même de cette livraison « .
Le Monde

Une grande aventure formelle.
Les Inrockuptibles

SYNOPSIS

Ah-ching, Ah-jung et Kuo-tzu habitent Fengkuei, un paisible village de pêcheurs des îles Penghu. Les trois amis troquent leur ennui en multipliant bagarres et petits larcins. Suite à un règlement de comptes qui a mal tourné, ils partent à Kaohsiung pour commencer une nouvelle vie plus trépidante.

CRITIQUE

Couronné en 1984 de la Montgolfière d’or du Festival des Trois Continents de Nantes (ex-aequo avec Les baliseurs du désert du tunisien Nacer Khémir), le premier long métrage que Hou Hsiao Hsien revendique pleinement comme une oeuvre personnelle succède à trois réalisations commerciales et au film collectif L’homme sandwich (épisode La Grande Poupée du Fils), manifeste de la nouvelle vague taïwanaise dont HHH deviendra très vite la figure de proue.
Le prix nantais, premier d’une longue série, est en effet à l’origine de la renommée internationale du cinéaste qui devra pourtant attendre le Lion d’Or vénitien et l’énorme succès public local de Bēiqíng chéngshì / La Cité des douleurs (1989) pour être vraiment reconnu dans son pays.
Inspiré de sa propre jeunesse de quasi délinquant, Les garçons de Fengkuei inaugure une série autobiographique qui se poursuivra avec Un été chez grand-père, Un temps pour vivre, un temps pour mourir et Poussières dans le vent.

La première partie du film, située dans un village de bord de mer où le temps semble s’être arrêté, est consacrée à la description d’une vie familiale répétitive (donner sa bouillie au père handicapé depuis qu’une balle de base-ball lui a fracassé la boîte crânienne) et aux quatre cents coups d’une bande d’adolescents bagarreurs, joueurs et buveurs, voyous sympathiques mais dont les débordements d’énergie peuvent facilement mal tourner. Une espèce de joie de vivre insouciante habite cette suite de saynètes à l’humour sans arrières pensées mais comme guetté par l’inquiétude.
Car s’il sait capter comme personne la plénitude heureuse de l’instant, HHH sait aussi faire sentir l’air autour. Dans le documentaire que lui consacrait Olivier Assayas en 1997 pour la série Cinémas de notre temps il se rappelait avoir demandé sans cesse à son opérateur de reculer la caméra pour rendre plus perceptible la sensation du temps et de l’espace.
L’humour restera très présent dans la partie urbaine du film, en particulier dans la séquence inénarrable où les garçons achètent dans la rue des billets de cinéma et se retrouvent au dernier étage d’un immeuble en construction face à une large baie pas encore vitrée avec vue imprenable sur la ville en écran large et en couleurs, mais cette gaieté se colorera davantage encore d’une mélancolie rendue plus poignante par le recours occasionnel à la musique de Vivaldi.

Dans le flux paisible mais jamais languissant d’un récit d’initiation qui est comme un long adieu à l’enfance, les moments les plus graves (la visite au village après la mort du père ; le départ pour Taïpei de la jeune fille aimée en silence) ne sont pas soulignés par des effets dramatiques mais prennent tout leur sens grâce à l’espèce de stase temporelle qui les fait résonner tels les visions d’une mémoire à venir, comme si le protagoniste vivait l’instant présent en adoptant par avance un point de vue rétrospectif.
Dans le plan saisissant de la femme qui découpe un poisson dans une cour au milieu d’un essaim de mouches la cruauté du réel est là, brute et non négociable, et pourtant comme adoucie par cette troublante distance qui ne s’apparente en aucun cas à de la froideur .

Chaque geste, chaque objet, chaque silence résonne, acquérant le relief de ce qui est perçu dans l’instant comme par le prisme d’un souvenir anticipé et communique la conscience aiguë, mais pas forcément tragique, du passage inexorable du temps et de la fragilité de l’existence humaine.
Le ton inimitable du cinéma de HHH, l’émotion particulière qui le caractérise et en fait le prix inestimable, une émotion qu’on pourrait qualifier d’intensément douce, sont donc bien là déjà dans ce film initial qui ignore pourtant superbement l’effet de maîtrise ou la pose auteuriste et où tout semble couler de source.

Claude Rieffel – A Voir à Lire

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