LOIN DES HOMMES

Affiche loin des hommesFilm de David Oelhoffen
(Drame – France – 2015 – 1h41)
Avec: Viggo Mortensen, Reda Kateb, Djemel Barek …

1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au cœur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un villageois accusé de meurtre. Poursuivis par des cavaliers réclamant la loi du sang et par des colons revanchards, les deux hommes se révoltent. Ensemble, ils vont lutter pour retrouver leur liberté.

« Bien sûr, on est dans l’Algérie de 1954. Et des troubles que l’on devine encore diffus, loin dans les grandes villes, basculent dans un conflit qui restera longtemps une guerre sans nom. Mais dès les premières secondes, tout, chez David Oelhoffen, rappelle les grands westerns de jadis : les grands espaces de l’Atlas évoquent les lieux déserts du vieil Ouest où, lorsqu’on s’y attend le moins, l’ombre de l’ennemi se reflète sur des rochers. Daru, l’instituteur humaniste (Viggo Mortensen) chargé, contre son gré, de livrer aux gendarmes un Arabe assassin, prend des airs de cow-boy ­héroïque, style John Wayne ou Kirk Douglas. Et lorsqu’il lui fait défendre son prisonnier contre les propres membres de sa tribu, le cinéaste a évidemment songé au Vent de la plaine, de John Huston, où Burt Lancaster refusait de rendre aux Indiens leur « sœur de sang », Audrey Hepburn… Dans Nos retrouvailles, son premier long métrage, David Oelhoffen détaillait la réunion tourmentée d’un fils trop sérieux et d’un père fantasque. Il filme à nouveau le face-à-face de deux étrangers. Dans cette Algérie qu’il a crue et voulue sienne, Daru n’a jamais été vraiment accepté, sans doute parce que ses parents étaient espagnols. Des « caracoles », comme on les appelait. « Pour les Français, on était des Arabes, se souvient-il, et maintenant, pour les Arabes, on est des Français »… Son prisonnier, lui, vit sur sa terre natale mais, curieusement, semble tout aussi perdu que son gardien. Mohamed (Reda Kateb, une fois encore magnifique) est prisonnier chez lui, esclave de rites et de traditions dont il n’ose se défaire. S’il s’est livré aux Français, c’est pour éviter une guerre de clans meurtrière. Il accepte son sort, il consent à n’être que ce que l’on veut qu’il soit, il accepte de passer pour un lâche, un pusillanime… Le film, c’est donc l’histoire de deux hommes qui, au sens propre pour Mohamed et figuré pour Daru, se redressent. Fidèle non à la lettre mais à l’esprit d’Albert Camus dont il adapte une nouvelle, L’Hôte, le cinéaste les amène, avec une rare délicatesse, jusqu’à un choix inévitable. Et il les laisse, leur dignité enfin acquise, aux portes de leur liberté. Une liberté curieusement liée à la perte de l’innocence. Pour survivre, Mohamed se résout à trahir les siens. Tandis qu’il s’acharne à le protéger, Daru est forcé de tuer un homme. Et c’est tout son passé qui lui saute soudain au visage, la cruauté qu’il avait cherché, de longues années, à oublier, loin des hommes et de leur violence. Plus tard, il retrouve d’anciens compagnons de combat, des Arabes qui se battaient pour la France, durant la Seconde Guerre mondiale, et qui luttent contre elle, désormais. Horrifié, il voit un officier français (Nicolas Giraud), au mépris des règles de l’honneur, obéir aux ordres et exécuter des rebelles qui s’étaient rendus… L’échec est là, inévitable, inexcusable. Au fil du périple, on sent le héros prendre conscience d’une faute, à la fois individuelle et collective. Il n’a rien vu venir. La France non plus. Il est trop tard, désormais : l’heure est venue où apprendre à lire à des gamins ne suffit plus. Sans qu’ils s’en rendent vraiment compte, les idéalistes généreux, les héritiers du siècle des Lumières, se sont mués en oppresseurs. En tyrans à dégager d’urgence. C’est cette désillusion, cette lucidité triste qui enveloppe cette fresque lyrique d’une sourde et entêtante mélancolie. »
Pierre Murat – Télérama

Ce film est précédé du court métrage
OCTOBRE NOIR OU MALEK, SAÏD, KARIM ET LES AUTRES…
Film de Florence Corre & Aurel
(Animation – France – 2011 – 12’15)

Paris, le 17 octobre 1961. Cinq jeunes algériens et trois jeunes français se rassemblent afin de prendre part à la manifestation pacifique organisée par le Front de Libération nationale algérien. Le FLN impose ce boycott de masse pour contrer le couvre-feu instauré le 5 octobre par le préfet de police Maurice Papon. La police parisienne a carte blanche.

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 21 février à 21h
dimanche 22 février à 17h
lundi 23 février à 20h30

Lamastre (centre culturel)
jeudi 19 février à 20h30
dimanche 22 février à 16h30

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