MADEMOISELLE

affiche-mademoiselle Film de Park Chan-Wook
Drame, Romance, thriller
Corée du Sud – 2016 – 2h25 – VOST
Avec Kim Min-Hee, Kim Tae-ri, Jung-woo Ha, Jin-Woong Cho, Kim Hae-Sook
Interdit -12 ans

« Mademoiselle », conte ludique, parfois dérangeant mais d’une beauté à couper le souffle est un délice aussi sexy qu’intelligent. On se régale de bout en bout devant le travail totalement abouti d’un très grand metteur en scène.
20 Minutes

Le cinéaste coréen excelle dans ce va-et-vient entre la délicatesse et le décadent, entre le cru et l’esthétisation, sachant se faire délicieusement trivial en confrontant « l’idée » à sa représentation, poétisant le vulgaire et injectant la vulgarité dans le poétique.
Culturopoing.com

Dans « Mademoiselle », le décorum se craquelle peu à peu pour révéler les procédés d’une violence plus sociale qu’il y paraît. Le cinéma de Park Chan-wook ne manque décidément ni d’audace, ni de cohérence.
Critikat.com

SYNOPSIS

Corée. Années 30, pendant la colonisation japonaise. Une jeune femme (Sookee) est engagée comme servante d’une riche japonaise (Hideko), vivant recluse dans un immense manoir sous la coupe d’un oncle tyrannique. Mais Sookee a un secret. Avec l’aide d’un escroc se faisant passer pour un comte japonais, ils ont d’autres plans pour Hideko…

CRITIQUE

Sélectionné pour être l’entrée sud-coréenne retenue en compétition au dernier Festival de Cannes, Mademoiselle est le premier thriller en costumes de Park Chan-wook. Cette adaptation littéraire est librement inspirée de la romancière britannique ouvertement homosexuelle Sarah Waters (livre publié en français en 10-18 sous le titre « Du bout des doigts). L’histoire originelle du livre (paru en 2002 et qui apporte alors à son auteure une consécration qui lui permet d’être élue auteure de l’année) se situe en 1862, mais le réalisateur la transpose dans la Corée des années 1930, sous la domination japonaise. L’histoire devient celle des rapports entre une jeune femme japonaise, Hideko, vivant luxueusement en recluse dans une propriété isolée imaginaire avec un oncle tyrannique et d’une Coréenne, Sookee, engagée pour être sa bonne à tout faire. Mais Sookee a un secret. Avec la complicité d’un escroc se faisant passer pour un comte, elle a d’autres ambitions que de demeurer domestique jusqu’à son trépas.

Comme on peut aisément le constater dans ce tour de force visuel, nous sommes là dans un baroque de conte fantastique libertin se situant entre l’univers de Donatien Alphonse François de Sade (plus connu sous l’appellation du Divin Marquis) et celui de Leopold von Sacher-Masoch, cet écrivain hanté par les récits de sa nourrice Handscha. Rien ne manque de cet univers, ni les épreuves à franchir dans la tradition du roman courtois, ni les douves symboliques, ni la rivalité entre couches sociales, ni l’attrait du luxe se doublant de celui pour la luxure saphique et la misandrie. Tout ici n’est qu’amour, violence et volupté, doublés d’une attirance pour la langue, assertion que l’on peut prendre dans son double sens, celui vulgairement physique car nous sommes à la limite de ce que la stricte censure coréenne peut autoriser au cinéma et celui plus intellectuellement grammatical, car, entre voix off de commentaire et discours directs, la glotte des interprètes n’est jamais au repos. Le film est en trois parties qui représentent les points de vue des personnages. L’approche n’en est pas évidente, et il faut laisser du temps au temps pour s’en imprégner. Mais, à l’arrivée, quel régal, indépendamment du sexe du spectateur, le film n’étant pas réservé aux mâles rompus à la lecture des 120 Journées de Sodome et de la Philosophie dans le boudoir.

Outre les diaprures somptueuses des décors qui nous ont véritablement envoûtés, on remarquera l’interprétation de Kim Min-hee dans le rôle de lady Hideko, celle de Ha Jung-woo (comédien déjà vu dans les films de Park Chan-wook et qui tient dans celui-ci le rôle de l’escroc), et celle, tant elle nous a semblé convaincante, de Kim Tae-ri, qui fait ses débuts à l’écran dans le rôle de la servante. Outre le travail de Park Chan-wook, réalisateur né en 1963 et auteur d’une dizaine de films, dont on a précédemment remarqué le talent dans Old Boy et Sympathy for Mr Vengeance – mais il signe cette fois son chef-d’œuvre –, on a plaisir à retrouver ses collaborateurs réguliers que sont Chung Chung-hoon à la photo, Kim Jae-bun et Kim Sang-beom au montage serré et minutieux, et Ruy Seong-Hee aux décors, cette dernière ayant été primée à Cannes par la CST (commission supérieure technique).

Alfred Hitchcock nous avait prouvé avec son film Fenêtre sur cour à quel point le voyeurisme est sujet à la contagion. Avec Mademoiselle, Park Chan-wook nous démontre à son tour que cette MST n’est pas limitée au continent européen. Aux États-Unis, on sait que les frères Wachowski, les jumeaux réalisateurs de Bound, à la suite de l’intervention chirurgicale qu’ils revendiquaient, sont devenus des sœurs. L’histoire de la génétique révélera-t-elle aussi un jour que parler des frères Lumière était un abus de langage ?

Jean Roy – L’Humanité

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