MIA MADRE

affiche Mia MadreFilm de Nanni Moretti
(Comédie – Italie – 2015 – 1h47 – V.O.S.T.)
Avec: Nanni Moretti, Marguerita Buy, John Turturro …

Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

« Le film est dédoublé. D’un côté Margherita, réalisatrice d’une cinquantaine d’années, peine à diriger son tournage, aux prises avec une star américaine qui ne sait pas se tenir, oublie son texte et se comporte parfois comme un mufle ; mais aussi avec une certaine fatigue de l’être, un découragement devant un travail dont les déceptions journalières usent lentement ses idéaux artistiques (“sois à côté du personnage”, cette belle indication de jeu qu’elle passe son temps à répéter sans se faire comprendre, jusqu’à ne plus la comprendre elle-même). De l’autre, elle voit sa mère, professeur de latin à la retraite, approcher doucement du trépas entourée de sa famille – Margherita donc, sa propre fille Livia et son frère Giovanni (joué par Nanni Moretti), très beau personnage plein de pudeur, d’humour et d’une prévenance qui semble infinie. Qu’est-ce qui relie ces deux versants sinon le motif du deuil ? Le deuil de l’autre, l’acceptation douloureuse de la mort de la mère, avec les phases naturelles du déni, l’envahissement progressif de la sénilité (épreuves filmées avec réserve, sans la moindre brutalité – presque une réponse à Amour d’Haneke, dont la Palme d’or avait été décernée par un jury présidé par Moretti), et d’autre part une sorte de deuil de soi-même, un deuil moral et intime, l’expression d’une lassitude existentielle qui appelle à mettre en suspens la pénibilité de la vie. Giovanni, sans en donner l’explication, a démissionné de son travail. Margherita, de son côté, semble fâchée avec son destin, a quitté son compagnon et ne trouve plus dans son métier que frustration et découragement. Certes, il ne s’agit pas de trop thématiser Mia Madre, qui ne pousse jamais vraiment d’une seule racine et se construit, comme souvent chez Moretti, tel un composite de préoccupations qui le traversent à cet instant-là de sa vie : des préoccupations morales (à commencer par “que filmer ?”, question toujours soulevée aussi explicitement : les scènes de tournage sont passionnantes), politiques, affectives, qu’il laisse bourgeonner au long du récit. Ainsi on ne saurait mieux l’aborder que par les détails, puisque ce n’est souvent que par eux que le film s’épaissit, accentue son intelligence, enrichit sa palette émotionnelle : les trois gouttes de vin que Giovanni sert à sa nièce adolescente, la rivalité qu’éprouve discrètement Margherita à l’égard de son frère quant au degré d’attention accordé à leur mère, ou encore la place du latin, ce vieux savoir à la fois érigé en tradition orale dans la famille, pratiqué comme un jeu (on fait de la version à table en se remémorant ses souvenirs d’écolier) et intériorisé comme une certaine discipline, une organisation de la pensée. Toujours Moretti semble chercher puis trouver la note juste, et pas au sens de la vraisemblance, du naturalisme (il tire au contraire vers une certaine artificialité, notamment avec John Turturro dont il exploite à merveille les potentialités burlesques), mais au sens de ce dont la scène a exactement besoin pour trouver son équilibre, contrebalancer les personnages en présence et installer entre eux de l’enjeu. A chaque séquence, Moretti renouvelle son talent fabuleux à suggérer dans l’organisation concrète des situations un débordement de l’intériorité des personnages, des évocations de rêves, d’angoisses ou de fantasmes qui prennent pourtant pied dans la stricte matérialité de la scène. Toujours ainsi à cheval entre le réel et le mental, il respecte néanmoins une discipline de cinéma d’une inflexibilité absolue, n’utilisant aucun autre langage que la grammaire simple des plans et des actions : pas une ligne de texte outrageusement littéraire, pas un seul effet d’atmosphère, on respire dans Mia Madre un air sec, sans odeur, et pourtant le film est bouleversant. Il est comme rêvé, mais n’a jamais la texture du sommeil, alliant dureté et douceur dans un geste net, tranchant, doublé d’un regard d’une bienveillance suprême. Il ne repose que sur l’amour, que Moretti voit partout, jusque dans les personnages les plus effacés ; et sur la rigueur, celle du regard et de la pensée, qui préside indéfiniment à son travail et lui vaut toute sa splendeur. »
Théo Ribeton – Les Inrocks

Ce film est précédé du court métrage
HASTA SANTIAGO
Film de Mauro Carraro
(Animation – Suisse – 2013 – 12’43)

Le voyage d’un jeune Italien sur le chemin de Compostelle. De la capitale arlésienne, balayée par le mistral, à la cathédrale mythique de Santiago, en passant par les champs de tournesols du Gers et les lacs de Pantono de Yesa, Mapo nous entraîne dans un voyage initiatique, poétique et fantasmé fait de découvertes et de rencontres souvent surprenantes.

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 02 janvier à 21h
dimanche 03 janvier à 17h
lundi 04 janvier à 20h30

Lamastre (centre multimédia)
vendredi 01 janvier à 21h
mardi 05 janvier à 20h30

Bande annonce

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