MON FILS

affiche-mon-filsFilm de Eran Riklis
Drame Allemagne, France, Israël – 2015 – 1h44 – VOST
Avec Tawfeek Barhom, Michael Moshonov, Danielle Kitzis, Yaël Abecassis, Ali Suliman
Dans le cadre de Roman & Cinéma éd. 2016

Ce film témoigne avec tact, entre humour et tragédie, des contradictions d’Israël. Il est aussi porté par une belle galerie de personnages, à commencer par l’épatant Tawfeek Barhom. 
Le Journal du Dimanche

Sur une histoire ancrée dans la réalité du pays et de ses problèmes, Eran Riklis fait basculer son récit vers la fable de façon ingénieuse et qui suscite la réflexion.
Le Dauphiné Libéré

Pari réussi: les problèmes d’identité, religieuse, nationale ou même physique, ont rarement été abordés avec une telle intensité grâce à un quatuor de comédiens exceptionnels.
Positif

SYNOPSIS

Eyad a grandi dans une ville arabe en Israël. A 16 ans, il intègre un prestigieux internat juif à Jérusalem. Il est le premier et seul Arabe à y être admis. Il essaie désespérément de se faire accepter par ses camarades mais n’a qu’un véritable ami, Jonathan, un garçon atteint d’une maladie héréditaire.

CRITIQUE

« Mon Fils », une histoire d’identité

«Mon fils», du réalisateur israélien Eran Riklis, évoque la vie complexe des Arabes israéliens. Un sujet lourd, abordé en toute simplicité, par des acteurs talentueux, et un réalisateur qui amène son public à réfléchir, sans jamais rien lui imposer.

Le projet est venu à lui. Eran Riklis, arabe, comme 20% des Israéliens, a à cœur, dans chacun de ses films, de raconter l’histoire de son peuple, marquée par un conflit sans fin, qui l’a forcément marqué mais sur lequel il souhaite que chacun se fasse sa propre opinion. «Mon fils» («Dancing Arabs» en anglais) raconte l’histoire d’ Iyad, un Arabe élevé en Galilée dans une famille de militants de la cause palestinienne, que son père envoie faire ses études dans un prestigieux lycée juif de Jérusalem -«mêle toi à eux pour les vaincre», lui dit-il. Premier et seul Arabe à être admis dans cet internat, Iyad doit s’adapter à ce nouvel environnement moderne –on est en 1982, et la culture occidentale s’est importée dans le pays-, où l’on se moque de son accent lorsqu’il parle hébreu, de ses vêtements pas assez à la mode, de sa timidité…

En parallèle de ses cours, Iyad (Tawfeek Barhom) va tenir compagnie à Yonatan, un Juif atteint d’une maladie dégénérative, avec qui il se lie d’amitié. Peu à peu, les deux se trouvent de nombreux points communs, et Iyad est rapidement «adopté» par la mère de Yonatan, Edna (Yaël Abecassis). Au point de tout accepter pour l’aider à s’intégrer dans ce monde sans pitié ? L’histoire le dira. Le film est en tout cas à la fois drôle, et triste ; grave et léger. Beaucoup plus profond qu’il n’y paraît au premier abord. Un effet tout à fait calculé.

«Mon Fils» est l’adaptation de deux livres de Sayed Kashua : le premier, éponyme (pourtant traduit «Les Arabes dansent aussi» en français) plutôt autobiographique, et le second, «La deuxième personne» («Second Person Singular»), fictif. Le long-métrage, lui, est «une fiction qui parle d’une réalité élémentaire», et évoque les questions de «l’identité, des minorités et majorités», mais aussi des «questions sociales», a expliqué à Paris Match le réalisateur. «Il est universel, dans le sens où il pourrait raconter l’histoire d’un jeune garçon musulman dans une école en France», estime-t-il. «C’est un film réaliste, personnel, qui évoque des questions pertinentes, et en même temps, il y a cette ambiance qui relève de l’univers adolescent», poursuit-il. Une ambiance qui le rend accessible, alors que le thème est grave, et que «chaque élément compte», au point qu’Eran Riklis estime qu’il faudrait le regarder plusieurs fois pour en saisir toute la complexité. Au côté de son actrice, Yaël Abecassis, 47 ans («Va, vis et deviens» en 2004, «Survivre avec les loups» en 2008), Eran Riklis parle avec passion et enthousiasme de son film. Il faut dire qu’il a l’air d’avoir été une évidence du début à la fin.

Le cinéaste de 60 ans, père d’une fille et d’un garçon, voulait Yaël dans le rôle de la mère, dès la première seconde où il a lu le scénario. Ils n’avaient pourtant jamais directement tourné ensemble (Eran Riklis avait seulement produit un film dans lequel a joué l’actrice il y a quelques années, et a déjà travaillé avec sa mère, une grande chanteuse marocaine). Quant à elle, elle avait toujours rêvé d’incarner ce personnage qui l’a profondément émue à la lecture des livres de Sayed Kashua, qu’elle adore. «En tant qu’Israélienne d’origine marocaine, j’ai un côté arabe, que j’ai mis longtemps à accepter et à comprendre», nous a-t-elle confié. Or, Edna, Israélienne laïque, est très «Ashkénaze, occidentale». En outre, ayant elle-même deux fils, elle avait toujours redouté d’interpréter «une mère qui perd son enfant». Mais ce fut «intuitif».

Un casting au « feeling »

«Quand Eran m’a appelée, il m’a fait un immense cadeau», lance-telle, ne trouvant pas assez de compliments pour décrire le réalisateur. «Eran admire les femmes comme personne.» Il respecte «la vie», avec son côté mystique et mystérieux. Mais aussi son public. Et laisse une grande liberté à ses acteurs. Ce qui lui a permis de jouer avec ses «tripes». Et son «imaginaire». «C’est une histoire d’amour, comme le film», conclut-elle, le faisant sourire d’un air gêné.  Eran Riklis travaille toujours au «feeling», surtout pour ses castings. «Généralement, mon premier choix est le bon.» Et quand on tient les bons acteurs, tout le reste est surmontable, explique-t-il. C’est ainsi qu’il a choisi Michael Moshonov (Yonathan) le meilleur ami de son fils, dont la mère a joué dans son premier film. Marlene Bajali («La fiancée syrienne»), qui joue la grand-mère d’Iyad, ne tourne que pour Eran ! Et à chaque fois, «elle commence par dire non», s’amuse-t-il. Quant à Ali Suliman, il a eu le coup de foudre pour lui, et ne l’a plus quitté, depuis qu’il l’a recruté un peu par hasard, alors qu’il cherchait un petit rôle dans «La Fiancée syrienne», dans lequel jouait déjà son grand-frère… Seuls Tawfeek Barhom et Danielle Kitzis (Naomi) sont des nouvelles recrues. Mais comme cette-dernière le résume : «Je joue mon rôle !»

Sans dévoiler le suspense du film, un choix déterminant est fait à un moment donné, donnant toute son ampleur au scénario. Un «choix d’amour», selon Eran Riklis, qui ne porte pas de jugement dessus. «Je ne juge rien, sauf la violence. Je ne veux pas juger. Pourquoi devrais-je porter un jugement ?» C’est sans doute là son art.

Marie Desnos – Paris Match

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