MUCH LOVED

affiche much lovedFilm de Nabil Ayouch
(Drame – Maroc – 2015 – 1h44 – V.O.S.T.)
Avec: Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane …
Interdit aux moins de 12 ans

Marrakech aujourd’hui. Noha, Randa, Soukaina, Hlima et les autres vivent d’amours tarifés. Ce sont des putes, des objets de désir. Les chairs se montrent, les corps s’exhibent et s’excitent, l’argent circule aux rythmes des plaisirs et des humiliations subies. Mais joyeuses et complices, dignes et émancipées dans leur royaume de femmes, elles surmontent la violence d’une société marocaine qui les utilise tout en les condamnant.

« En juin, les défenseurs de Much Loved, à la fois contre son interdiction au Maroc et le déchaînement d’insultes et de menaces à l’encontre de ses actrices, arguaient qu’on ne pouvait juger un film sur la seule foi d’extraits diffusés sur Internet. Il y a hélas fort à parier que le film vu dans son intégralité n’atténue pas la haine des portions les plus conservatrices de la société du royaume qui articule étroitement maintien de l’ordre établi et pudibonderie morale, fût-elle de façade. Much Loved, quand bien même on s’y prépare et que l’on n’est pas bégueule, surprend par sa radicalité, sa crudité et sa frontalité dans la mise en fiction d’un groupe de prostituées de luxe à Marrakech aujourd’hui. On ne se souvient pas d’avoir vu un film arabe qui soit si intégralement construit sur l’omniprésence et l’obsession du sexe, hétéro et homo, constamment négocié à coup de liasses de dinars (ou même, pour les plus pauvres, en cageots de légumes). La grande séquence du début pose les principes d’un film qui entend frapper les esprits. Une vingtaine de filles déboulent dans une opulente villa où elles vont faire la fête avec des hommes très contents d’eux venus d’Arabie Saoudite, qui leur jettent des billets à la figure. Au petit matin, épuisée d’alcool, de danse et de baise, Noha, l’héroïne (la révélation Loubna Abidar), s’arrose le sexe au coca-cola. «Il m’a retourné l’utérus», peste-t-elle contre un client aux coups de reins trop agressifs. Whisky, vodka, shit, cocaïne, les trois personnages principaux, Noha, Randa, Soukaina, ne cessent de se casser la tête pour tenir le choc, enchaîner les soirées privées ou en boîte de nuit. Le trio semble n’obéir à aucune règle de bienséance, en suffragettes émancipées. Mais, évidemment, cette liberté d’attitudes et de paroles est constamment limitée par la nécessité économique et la manière dont, affranchies, elles sont aussi enfermées dans leurs insolences de putes qui peuvent se faire tabasser par un client ou violer par un flic dans les bureaux du commissariat. L’épicentre touristique du Maroc, Marrakech, est montré comme une Babylone noctambule structurée par un tourisme sexuel débridé alors qu’au grand jour la ville offre le visage livide d’une cité en vrac, parcourue de pauvres gens se pressant dans la grisaille d’un quotidien sans joie ni perspectives, «une ville de fous», comme le dit Saïd, le placide chauffeur de ces dames. Nabil Ayouch raconte avoir rencontré plusieurs centaines de prostituées pour nourrir l’écriture de son scénario d’expériences et de sentiments qui ne soient pas superficiels. L’accent de vérité qui traverse Much Loved vient un peu de là, sans doute, mais plus sûrement encore de l’engagement fou des actrices non professionnelles, aussi incarnées, vivantes dans une scène de bavardage dans un salon de coiffure que glorieuses, fatales quand, seules, elles refont le calcul de toutes les humiliations qu’il leur faut subir. On peut toujours discuter de la véracité d’une fiction, en critiquer les outrances, en regretter les partis pris. Tel quel, Much Loved semble quand même un film qui oblige à prendre date et à ne pas fuir le débat. »
Didier Péron  – Libération

Ce film est précédé du court métrage
CONTE DE FAITS
Film de Yumi Yoon
(Animation – France – 2011 – 04’00 – V.O.S.T.)

En 1960, en Corée du Sud, une petite fille de cinq ans vivant dans une maison close, réinvente son quotidien.

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 14 octobre à 21h
dimanche 18 octobre à 18h
lundi 19 octobre à 21h

Lamastre (centre multimédia)
jeudi 15 octobre à 21h
vendredi 16 octobre à 21h

Bande annonce

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