PARIS TEXAS

Affiche Paris TexasFilm de Wim Wenders
(Drame – Allemagne – 1984 – 2h27 V.O.S.T.)
Avec: Harry Dean Stanton, Nastassja Kinski, Hunter Carson…
Cycle « mémoire du cinéma » en partenariat avec [Les Écrans

Après quatre ans d’absence, un homme réapparaît un beau jour dans la petite localité de Paris, au Texas. Celui qu’on croyait mort tente de recoller les morceaux de sa vie et de retrouver sa femme, partie travailler dans un peep-show de Houston en abandonnant leur fils de huit ans, élevé par son oncle.

« Aller voir Paris, Texas trente ans après sa sortie, c’est accepter le poids de trois décennies de clichés. Wim Wenders et Robby Müller, respectivement réalisateur et chef opérateur de la Palme d’or 1984, n’y sont pour rien. Enfin, si, un peu, quand même… Ils ont été si inventifs, si bien en prise avec l’inconscient collectif que les images du film sont presque immédiatement devenues des lieux communs : le rapace en gros plan, perché sur un rocher du désert ; le type un peu décavé et son petit garçon dans un pick-up bon pour la casse ; la fille blonde en pull angora dans un peep-show… Tout a servi à des générations de publicitaires, de réalisateurs de vidéos musicales, de cinéastes en panne d’imagination. C’était aussi le moment où le tourisme transatlantique se démocratisait : un billet d’avion, un coupon de réservation chez un loueur de l’aéroport de Dallas et l’on était à son tour Travis, l’homme qui sort du désert. Aller voir Paris, Texas trente ans après sa sortie, c’est faire, comme spectateur, le même travail que les gens de l’Immagine Ritrovata, le laboratoire italien qui a restauré le film : nettoyer toutes les scories, retrouver la splendeur originelle, dans sa nouveauté. Et ce n’est pas si difficile que ça. Le début du film, l’alternance de plans larges sur le paysage désertique et serrés sur le visage d’Harry Dean Stanton, qui avance péniblement, s’est si durablement imprimé sur les rétines que l’on a peut-être oublié ce qu’était Paris, Texas. Un drame du remariage arrangé en forme de road movie. L’homme qu’incarne Harry Dean Stanton s’appelle Travis. Quand il émerge du désert, il a perdu la parole et la mémoire, qu’il recouvrera progressivement. Son frère Walt vient le chercher afin de le ramener chez lui, à Los Angeles, où il vit avec Anne, son épouse française, et Hunter, le fils que Travis a eu avec Jane, une très jeune femme qui a, elle aussi, disparu. On découvre son visage au moment de la projection d’un film en super-8, c’est celui de Nastassja Kinski. Avant que le film ne reprenne la route, il s’arrête longuement à Los Angeles. La musique de Ry Cooder y change. Les longs traits de slide guitar font place à de délicats motifs d’inspiration mexicaine, les grands espaces du western aux lotissements de la sitcom. Wim Wenders a confié le scénario à Sam Shepard, avant de demander une adaptation à L. M. Kit Carson. Shepard est un poète de la famille, qu’il aime casser et recomposer – ce que Wim Wenders a déjà fait, entre autres dans Alice dans les villes, qui, dix ans plus tôt, fut comme une première matérialisation des idées et des désirs qui font Paris, Texas. Shepard manie le stéréotype, au point de flirter avec le mélodrame. De leur côté, Wim Wenders et Robby Müller sont décidés à donner leur interprétation de l’iconographie américaine. C’est à peine s’ils citent quelques cinéastes classiques (Dean Stockwell dans l’embrasure d’une porte, comme un personnage de John Ford), se préoccupant plus de photographie et de peinture. Les ambiances verdâtres de certains intérieurs doivent tout à Edward Hopper. Chaque plan offre un nouveau point de vue sur des scènes familières, sans jamais recourir à un excès d’artifices. Harry Dean Stanton et Edward Hopper, Ry Cooder et Claire Denis (elle assiste Wenders à la réalisation), Paris, Texas a pour lui, au moment de sa sortie, de mettre en valeur des noms qui ne sont encore connus que de communautés d’initiés, plus ou moins nombreuses. Mais c’est aussi s’exposer à la malédiction de la branchitude, puisque le terme est de rigueur à l’époque. Enseveli sous une avalanche de superlatifs lors de sa projection cannoise, le film, à sa sortie en septembre 1984, n’est plus seulement à la mode, il est la mode, comme les vestes à épaulettes ou les singles de Culture Club. Débarrassé de ces oripeaux par la grâce du temps qui passe, Paris, Texas retrouve une qualité qui lui avait échappé, la sincérité. Le jeu des acteurs, le plaisir de filmer, la grâce de la musique, tout ici l’exprime. Ce n’est peut-être pas le plus beau des films de Wim Wenders et le récit se refuse à s’aventurer trop avant dans les sables mouvants de la violence et du mensonge, en lisière du récit. Mais l’attachement des créateurs aux personnages est irrésistiblement communicatif. Et le souvenir des rochers rouges du désert et de la slide guitar ne doit pas effacer la douleur et la grâce de Travis, Jane et Hunter. »
Thomas Sotinel – Le Monde

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
dimanche 15 février à 20h30
lundi 16 février à 17h30

Lamastre (centre culturel)
mardi 17 février à 20h30

Bande annonce

https://www.youtube.com/watch?v=HS_G7-JlucQ

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