PLEIN SOLEIL

affiche plein soleilFilm de René Clément
(Thriller – France / Italie – 1960 – 1h54)
Avec: Marie Laforêt, Alain Delon, Maurice Ronet, Elvire Popesco, Nicolas Petrov…
Film programmé dans le cadre de notre cycle « mémoire du cinéma », en partenariat avec [Les Écrans

Un milliardaire américain donne la mission à Tom Ripley de convaincre son fils Philippe, qui passe de trop longues vacances en Italie avec sa maîtresse Marge, de retourner en Californie. Mais une fois sur place, Ripley, jeune homme perturbé fou de jalousie face à « l’idéal » Philippe et à sa vie de rêve, imagine un plan diabolique pour prendre sa place définitivement.

« Première adaptation de Monsieur Ripley de Patricia Highsmith, Plein Soleil reste, aujourd’hui encore, l’original qu’aucune copie n’a réussi à égaler. Modèle de maîtrise stylistique, avec une distribution au diapason, ce film noir brouille les pistes avec une étonnante modernité et montre que toute illusion reste bonne à prendre. De René Clément à Claude Chabrol, en passant par Wim Wenders ou Alfred Hitchcock, Patricia Highsmith a nourri l’imaginaire des cinéastes adeptes de thrillers ambigus et pervers. Outre L’Inconnu du Nord-Express, la romancière doit principalement sa renommée aux romans centrés sur Tom Ripley qu’Alain Delon est le premier à incarner à l’écran. Le jeune acteur apporte au rôle un charisme vénéneux redoutable d’efficacité qui lui valut d’ailleurs d’être remarqué par Visconti et de tourner ensuite Rocco et ses frères. (…) René Clément réussit un cocktail inattendu où sont réunis dans un même film des acteurs très français (Delon, Maurice Ronet et la jeune Marie Laforêt), le climat haletant propre aux films noirs hollywoodiens et l’esprit désinvolte véhiculé par une jeunesse bourgeoise spleenétique en prise avec la dolce vita. Assez fidèle à la trame originale, il se défait néanmoins de toute psychologisation à outrance pour se concentrer sur l’essentiel : cette mécanique où les personnages semblent créer leur propre perte et fatalité au-delà de toute motivation rationnelle. René Clément évacue l’homosexualité sous-jacente de Ripley et ne cherche pas à rendre à tout prix crédible la ressemblance physique entre Delon et Ronet. Qu’est-ce qui pousse donc Ripley à tuer puis usurper l’identité de Philippe, le supposé ami qu’il devait ramener à son père ? L’amour, l’argent, la revanche sociale, une certaine fascination ? Jusqu’au bout, les zones d’ombre demeurent et finissent toutes vampirisées par la froideur assumée de Ripley. La postérité de Plein Soleil vient évidemment de ses nombreux morceaux de bravoure. (…) Mais sa réussite tient surtout dans la capacité du film à intégrer l’illusion comme un élément fondamental de ses ressorts et de son esthétique. Ici, seuls s’en sortent ceux qui maîtrisent et acceptent l’art de l’imitation et de la substitution. (…) À l’image du titre, en total décalage par rapport à son intrigue, tout dans Plein Soleil est donc menacé par les faux-semblants. René Clément s’amuse des effets de retournement pour mettre le spectateur en alerte et le forcer à toujours voir au-delà des apparences. La photographie, bien trompeuse, baigne dans un trop plein de lumières et de couleurs (le bleu y domine). L’environnement sonore est, lui-aussi, continuellement parasité par l’allégresse de la partition de Nino Rota, bien loin des attendus d’un film de genre. De même, lorsque le film semble s’autoriser des décrochages naturalistes, c’est pour mieux en faire ressortir leur portée allégorique. (…) Ce que ne cesse d’interroger René Clément – comme le fera plus tard Brian De Palma –, c’est bien le pouvoir du cinéma à susciter l’illusion et à nous laisser prendre au piège de l’artifice. »
Nicolas Maille – Critikat.com

Séances

Vernoux (salle Louis Nodon)
samedi 30 novembre à 20h30
lundi 02 décembre à 18h

Lamastre (centre culturel)
mardi 03 décembre à 20h30

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