PORT AU PRINCE, DIMANCHE 4 JANVIER

affiche-port-au-princeFilm de François Marthouret
Drame, historique – Belgique, France – 2014 – 1h20
Avec Emmanuel Vilsaint, James Star Pierre, Rosa Bursztein, Anyes Noel
Dans le cadre de Roman & Cinéma éd. 2016
En présence de l’acteur Emmanuel Vilsaint

Ce film aux couleurs vives mélange la poésie et la réalité avec une certaine conviction. 
Positif

François Marthouret (…) prouve (…) qu’il est un cinéaste inspiré : son film a le souffle d’une tragédie dans un Haïti dont il sait récréer les bruits, les couleurs et les fureurs avec une liberté très Nouvelle Vague…
Télérama

Entre fiction et images d’archives, le réalisateur signe un film riche et émouvant sur la révolution haïtienne.
Les Fiches du Cinéma

SYNOPSIS

4 janvier 2004, Haïti. Tout oppose Lucien, étudiant en philosophie convaincu du succès de la manifestation vers la démocratie, à son jeune frère Little Joe, voyou recruté par les Chimères pour réprimer la marche des étudiants. Ce jour va sceller le destin des deux frères.

CRITIQUE

Comment François Marthouret, le grand acteur que l’on sait théâtre, cinéma, télévision et réalisateur, a-t-il croisé le destin d’Haïti ? Au point de se lancer dans l’aventure d’un film en partie tourné sur place ? Une seule réponse : son coup de foudre pour un roman : Bicentenaire de l’écrivain haïtien Lyonel Trouillot. L’histoire de ces deux frères que tout oppose se déroule dans une période charnière d’Haïti : l’année 2004.

Aristide, prêtre défroqué devenu président puis tyran, est toujours au pouvoir en cette année du bicentenaire de la révolution qui a fait d’Haïti, en 1804, la première république noire indépendante. Mais comment fêter les idéaux de liberté de Toussaint Louverture et de Dessalines quand on vit sous la dictature ? La jeunesse de Port-au-Prince ne l’entend pas de cette façon, et manifeste, bravant les « Chimères », bandes armées au service du pouvoir, pour  réclamer le départ d’Aristide. Qu’elle obtiendra. À quel prix ? Lequel des deux frères, Lucien, manifestant pour la liberté, ou Ezechiel, dit Little Joe, délinquant devenu membre des Chimères, en sortira vivant ?

« Je ne connaissais pas Haïti , j’en avais une image à la fois mythique et terrible, confie Marthouret, mais après avoir lu ce livre, il me semblait intéressant de faire découvrir au cinéma la révolte, la lutte d’une jeunesse qui partage au fond les mêmes enjeux, dans un contexte différent, que celle du Maghreb, de la Chine ou du Québec, et dont on ne sait rien en Europe. »

Danser avec l’épicier de Port-au-Prince

Port-au-Prince, dimanche 4 janvier s’ouvre sur ce qu’on ne montre jamais : la beauté de la capitale haïtienne quand l’aube s’éveille, et même sur le bidonville qu’habitent les deux frères : étudiant sage, Lucien vient d’obtenir une bourse pour poursuivre ses études en France et reçu son billet d’avion. Ezechiel, lui, envoie les livres en enfer, et construit le sien dans la délinquance, proie parfaite des bandes armées qu’Aristide, à l’instar de ses prédécesseurs Duvalier et leurs Tontons Macoutes, a recruté à son service. Deux mondes d’emblée s’opposent, l’éducation et la réflexion contre la violence, l’argent gagné au jour le jour sans foi ni loi, deux mondes nés sous un même pauvre toit et du même ventre : celui d’Ernestine, la mère devenue aveugle mais pas au gâchis de la transmission des valeurs profondes. Le roman de Lyonel Trouillot se déroulait en une seule journée, le film, lui, plante les univers et développe l’action en créant des épisodes et en s’installant sur deux jours, tendus vers ce dimanche de manifestation.

Dans son trajet pour s’y rendre, Lucien (Emmanuel Vilsaint, comédien haïtien vivant à Paris) fait halte chez le médecin et son épouse dans une belle demeure bourgeoise où il donne des cours à leur enfant gâté. Puis chez l’épicier, un des plus beaux personnages du roman, et l’un des plus beaux moments du film aussi, où l’Haïtien Daniel Marcelin donne tout son talent à danser sur les vieux airs d’un Port-au-Prince disparu. Ce film est à voir, pour la puissance de certaines images, des paysages jusqu’aux intérieurs les plus modestes, pour les rires et l’énergie, pour ce regard simplement à hauteur d’homme, que l’on ne pose jamais sur une île condamnée à vivre sous le terme de « maudite ». On s’étonnera de l’accent plus français que créole de certains comédiens ? Mais Little Joe, le formidable petit frère voyou est haïtien, le réalisateur l’a découvert en visitant des associations pour jeunes en difficulté en Guadeloupe, et y a recruté toute la bande d’amateurs !

Je pleurais de n’être pas Kubrick

Lyonel Trouillot ne se mêle en rien du scénario, librement adapté de son livre (et cosigné notamment par Peter Kassovitz et Marc Guilbert), mais ouvre au réalisateur tout un réseau d’amitiés, et son centre culturel, pour faciliter la préparation du tournage. Marthouret vient repérer début 2012 et tourne en novembre et décembre 2013 plus de la moitié des scènes en Haïti et le reste en Guadeloupe, dont les manifestations, qui à l’écran sont montées avec des images d’archives. La région Guadeloupe est l’un des soutiens les plus importants de cette aventure, qui n’a pas compté celui du CNC, mais l’aide de France 3, France O, l’ambassade d’Haiti en France, et de France en Haïti, notamment pour les tournages sous protection permettant d’éviter les problèmes de circulation dans la capitale haïtienne ! « Il y a eu des moments difficiles, l’argent n’arrivait pas et je pleurais de n’être pas Kubrick, pouvoir tout contrôler et avoir le talent de le faire ! »

Il y a une nécessité de ce film, pour la vérité qu’il fait passer de la dignité d’une jeunesse debout, donnant à voir la résistance du peuple haïtien en actes, et non pas, une fois encore, sa résilience. Port-au-Prince , 4 janvier, avec ses fragilités, va surprendre et, ne serait-ce que pour cela, vaut le détour. C’est un film à la fois de l’intérieur, par la matière première du beau roman de Trouillot et le tournage sur place et de l’extérieur : par le regard d’un réalisateur français qui réussit à faire passer au reste du monde bien des choses essentielles que le monde ignore d’Haïti. « Raconter cette histoire, voilà ce que j’ai souhaité faire de manière responsable, sans chercher à tout comprendre et encore moins à juger Haïti, je n’en ai pas les moyens, et si je les avais, je m’en serais gardé ! » avoue Marthouret.

 

Valérie Marin la Meslée – Le Point

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