RÉALITÉ

Affiche RéalitéFilm de Quentin Dupieux
(Comédie dramatique – France – 2015 – 1h27)
Avec: Alain Chabat, Jonathan Lambert, Élodie Bouchez …

Jason, un cameraman placide, rêve de réaliser son premier film d’horreur. Bob Marshal, un riche producteur, accepte de financer son film à une seule condition : Jason a 48h pour trouver le meilleur gémissement de l’histoire du cinéma…

« Il aura fallu près de huit ans à Quentin Dupieux, alias Mr. Oizo, pour enfin concrétiser son projet Réalité. Faute de financement, d’inspiration, de compatibilité d’agenda avec ses acteurs, 
le cinéaste-musicien retarda l’échéance et signa entre-temps une série de films-laboratoires (Rubber, Wrong, Wrong Cops) dans lesquels il affûtait son style. Une longue période de recherches et de ratures dont Réalité pourrait être l’aboutissement, tant la dernière bizarrerie de Dupieux a des airs de film-somme, déployant avec une forme de clarté et de majesté tout ce qui fait la signature de l’auteur. Ses fans et détracteurs ne seront donc pas dépaysés par cette nouvelle expérimentation absurde, à la croisée du comique lo-fi et du thriller paranoïaque, de la blague conceptuelle et du drame existentiel. Campé dans le décor traditionnel du cinéaste, un Los Angeles suburban mi-réaliste, mi-onirique, le scénario tresse au départ quatre histoires parallèles. Il y a d’un côté cette fillette obsédée par une VHS bleue qu’elle croit avoir vue sortir des entrailles d’un sanglier ; un présentateur d’une émission culinaire persuadé d’être atteint d’une violente crise d’eczéma ; un directeur d’école qui se travestit en secret ; et enfin Jason (Alain Chabat), cadreur de plateau télé qui rêve de réaliser son premier film d’horreur où les téléviseurs se mettraient à tuer les gens via des ondes mortelles. Tout ce petit monde se croise et se perd dans les méandres d’un scénario a priori sans queue ni tête, où Quentin Dupieux récite son art du non-sens avec une certaine habileté qui menace, un temps, de virer à la routine. Mais voilà qu’à mi-chemin le film opère une brusque métamorphose et se recentre sur le personnage de Jason, à qui un producteur (Jonathan Lambert) promet de financer son projet de long métrage s’il remplit une seule condition : enregistrer le gémissement “parfait”. Lancé dans sa quête du cri ultime, Jason perd les pédales et s’enfonce peu à peu dans un état de rêve, ou de cauchemar : il souffre d’un dédoublement de personnalité, pense être l’acteur d’un autre film, voit apparaître d’étranges silhouettes sans visage. Réalité, dès lors, s’emballe au rythme du vertige psychologique de son personnage, multipliant les niveaux de réalité à la faveur d’un montage tentaculaire, où le tangible et l’hallucination se confondent sans cesse. Avec une vitesse inouïe, Quentin Dupieux orchestre ainsi son film tel un labyrinthe mental, ou une poupée gigogne, dont chaque scène se conclut par une relance narrative, et ainsi de suite, jusqu’à une résolution finalement anecdotique. Il trouve ici 
la formule la plus aboutie de cette utopie de cinéma vers laquelle convergent tous ses films depuis ses débuts : un cinéma sans aucune frontière, sans entraves, délié des conventions logiques des scénarios, des décors et des personnages. Un cinéma de pur mouvement, fait de boucles et de crescendos, dont la finalité est moins de créer du sens que de provoquer, chez le spectateur, un effet de transe euphorique. En cela, Réalité est sans doute le film de Quentin Dupieux qui aura le mieux réussi la conjonction des deux disciplines de l’auteur, la musique et le cinéma, retrouvant dans ce récit symphonique quelque chose de l’ordre de la poésie machinale, primitive, extatique, de l’électro. Il est aussi son film le plus frontal, celui où l’absurde n’advient plus grâce à des idées un peu gadget (le pneu de Rubber, les horloges détraquées de Wrong…) mais agit comme une force motrice qui préside à chaque situation. C’est, enfin, son film le plus intime, le premier où Quentin Dupieux se raconte et se livre à une sorte d’autoanalyse en tant qu’auteur – son Huit et demi, si l’on veut. A travers le personnage de Jason, qu’incarne un Alain Chabat idéalement ahuri, 
le cinéaste révèle son rapport flippé à la création, sa peur de la répétition et du système. Il montre bien quel genre d’angoisse nourrit son œuvre si singulière, et quel élan suprêmement amateur en fonde le manifeste. Résumé en une phrase déjà culte prononcée par Jason, cela donne : “Kubrick mes couilles”. »
Romain Blondeau – Les Inrocks

Ce film est précédé du court métrage
LES ESCARGOTS
Film de René Laloux
(Animation – France – 1965 – 11′)

Un paysan pleure sur ses chétives salades; Celles-ci grandissent démesurément. Les escargots mangent les salades. Eux aussi grandissent en détruisant le paysage. Le calme renaît. Le paysan rescapé pleure sur ses chétives salades. Attention aux lapins ! .

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
vendredi 20 mars à 21h
samedi 21 mars à 21h
lundi 23 mars à 18h

Lamastre (centre culturel)
jeudi 19 mars à 20h30
mardi 24 mars à 20h30

Bande annonce

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