RESTER VERTICAL

affiche-rester-verticaleFilm de Alain Guiraudie
Drame – France – 2016 – 1h40
Avec Damien Bonnard, India Hair, Raphaël Thiéry, Christian Bouillette, Basile Meilleurat
Interdit au -12 ans

Alain Guiraudie signe le grand film de la rentrée.
Transfuge

C’est tantôt très drôle, tantôt dramatique, parfois les deux en même temps. C’est inattendu. C’est du Guiraudie.
Première

Dans ce cinéma-là, tout bouge, exulte : les lignes, les couleurs, les corps… (…) Il y a du conte, de la fable, du sexe, du rural, du rêve et une danse avec les loups… Que demander de plus ?
Studio Ciné Live

SYNOPSIS

Léo est à la recherche du loup sur un grand causse de Lozère lorsqu’il rencontre une bergère, Marie. Quelques mois plus tard, ils ont un enfant. En proie au baby blues, et sans aucune confiance en Léo qui s’en va et puis revient sans prévenir, elle les abandonne tous les deux. Léo se retrouve alors avec un bébé sur les bras. C’est compliqué mais au fond, il aime bien ça. Et pendant ce temps, il ne travaille pas beaucoup, il sombre peu à peu dans la misère. C’est la déchéance sociale qui le ramène vers les causses de Lozère et vers le loup.

CRITIQUE

L’Inconnu du lac, thriller chabrolien sur un lieu de drague gay nudiste, a fait connaître Alain Guiraudie bien au-delà du cercle cinéphile de ses débuts. Entre son ­affiche censurée à Versailles, en plein débat sur le mariage pour tous, et ses 120 000 entrées, ce film a projeté en pleine lumière l’un des réalisateurs français les plus originaux. Rester vertical, son cinquième long métrage, n’a peut-être pas l’efficacité irrésistible du précédent, mais, conformément à son titre, c’est du cinéma debout : pas question pour Alain Guiraudie de se reposer sur la recette qui lui a tant réussi. Il explore, il invente, il cherche encore. Mieux, il tire de ses interrogations un vrai roman et un beau spectacle.

Tout bouge tout le temps, dans ce suspense existentiel, divaguant sur fond de Lozère, mais aussi, sans transition, jusqu’au Finistère. Léo, la trentaine bien sonnée, n’a ni domicile fixe ni travail bien défini. Possible double imaginaire de l’auteur (l’acteur ­Damien Bonnard lui ressemble), il doit un scénario à un producteur longtemps invisible, mais il ne cesse de fuir. Il voudrait toucher une avance sans pouvoir fournir le moindre début d’histoire. Après sa rencontre torride avec la fille d’un éleveur de moutons sur le causse (India Hair, découverte dans Camille redouble), un bébé s’annonce, pourquoi pas une famille. Mais dans la même campagne, trois hommes plus ou moins gays, un jeune, un mûr, un vieux, croisent régulièrement la trajectoire en zigzag du héros.

La versatilité, l’incertitude contemporaines, potentiellement anxiogènes, le film les élève à une altitude fantasque et libératrice : les sentiments, les désirs et les aspirations de chacun se transforment à vue d’oeil, comme si l’ensemble des personnages pouvaient essayer la totalité des rôles, et qu’importe leur sexe ou leur âge. C’est, par exemple, la jeune mère qui, la première, abandonne le foyer tout neuf avec berceau. Et quand un lourd son de hard rock s’échappe de l’étage supérieur d’une ferme, après vérification, il s’agit de la passion musicale d’un vieillard…

Entre inquiétude et utopie, entre David Lynch et Raymond Depardon pour ainsi dire, Guiraudie filme les ­ruraux et les clodos, mais aussi le cycle complet de la vie, de la naissance à la mort. Nourrisson, ado, adultes et mourants sont logés à la même enseigne, à la fois hyperréaliste et lyrique. Les joies de la chair et celles de l’enfantement répondent à la hantise de la pauvreté et de la violence. L’euthanasie ardemment souhaitée par un vieux monsieur se confond, selon son voeu le plus fou, avec un orgasme.

En suivant la logique des rêves, parfois des cauchemars, Rester vertical abonde en rebondissements stupéfiants, mais sans hermétisme ni provocation. Le cinéaste, issu d’une famille d’agriculteurs, bricole ainsi des ­remèdes bienveillants à l’isolement et aux déboires des paysans, et pas seulement. Le loup, qui menace moutons et éleveurs sur le causse, fournit une métaphore lumineuse de bien des terreurs actuelles. Pendant la plus grande partie du film, on ne parle que d’éliminer coûte que coûte l’animal sauvage. Et, finalement, émerge cette sagesse qui suggère de combattre d’abord la peur elle-même.

Louis Guichard – Télérama

SÉANCES

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