SIERANEVADA

affiche-siera-nevadaFilm de Cristi Puiu
Drame – Roumanie – 2016 – 2h53 – VOST
Avec Mimi Branescu, Judith State, Bogdan Dumitrache, Dana Dogaru, Sorin Medeleni

Assez prodigieuse illustration du plan-séquence poussé à ses limites extrêmes, le film de Cristi Puiu plonge le spectateur au sein des querelles d’une famille, mais plus encore au sein d’un microcosme qui est celui-là même de notre monde et des tensions qui l’agitent.
Le Dauphiné Libéré

Le cinéma, serait ce fantôme qui pose un regard étonné, bienveillant et attentif sur les êtres, même les pires ? C’est ce qui fait la beauté de « Sieranevada ».
Les Inrockuptibles

Alors oui, « Sieranevada » a un petit côté film de festival. Mais c’est quand même une sacrée montagne.
Première

SYNOPSIS

Quelque part à Bucarest, trois jours après l’attentat contre Charlie Hebdo et quarante jours après la mort de son père, Lary – 40 ans, docteur en médicine – va passer son samedi au sein de la famille réunie à l’occasion de la commémoration du défunt.

CRITIQUE

Ne cherchez pas un sens au titre. Sieranevada — en un seul mot et avec un seul « r » — est illogique, comme le monde actuel. Il sent bon le western et la musique de la langue espagnole. « Mais aussi, dit Cristi Puiu, les chaînes de montagnes enneigées qui ressemblent aux immeubles communistes : des blocs de pierres claires »… Le cinéaste nous avait bluffés, il y a dix ans, avec La Mort de Dante Lazarescu, où l’on suivait l’odyssée d’un vieil homme, alcoolique et malade, qu’une infirmière tentait de faire admettre dans un nombre impressionnant de services d’urgence, dont les médecins étaient aussi débordés qu’indifférents. Sieranevada se concentre dans un seul lieu : un appartement où, quarante jours après le décès d’un être cher, sa famille et ses amis se réunissent pour lui rendre hommage. Jusqu’alors, l’âme du mort était restée dans les ­parages pour ne pas se séparer trop brutalement des siens. Aujourd’hui, il est temps pour lui de partir. Et c’est précisément la sensation que sug­gère le cinéaste : la présence de cette ombre invisible qui observe une dernière fois les vivants avant de s’en ­aller tranquillement vivre son éter­nité. Il contemple les portes de son appartement étroit s’ouvrir et se refer­mer en permanence, comme dans un vaudeville, les verres et les ­assiettes entamer un étrange et permanent ballet, des plats cuire indéfi­niment, indifférents aux cris et aux larmes des convives qui s’engueulent à qui mieux mieux. Ils sont une vingtaine de frères, de cousins, de voisins — dont notre fil rouge, un médecin nommé Lary — à se croiser et à s’étriper dans ce lieu clos. L’une, bonne orthodoxe, en a marre d’entendre une vieille peau lui vanter les mérites du communisme de jadis. L’autre, fan de toutes les théories complotistes sur Internet, en a assez de voir ses frères ne jamais contester, par lâcheté ou par peur, les thèses, mensongères selon lui, des puissances étrangères. La nièce du disparu ramène en douce une copine serbe, en plein mauvais trip. La mère tente de faire respecter l’ordre et les rituels, alors que sa soeur, ivre morte, accuse son mari d’agresser sexuellement leur voisine… Tout ce petit monde est exaspéré, tout ce petit monde a faim, tout ce petit monde aimerait passer à table, mais nul n’y est autorisé avant l’arrivée du pope, chargé de bénir êtres et lieux. Et le pope est très en retard…

C’est un film très roumain sur la Roumanie, mais qui reflète un désespoir plus général. L’univers que saisit le cinéaste semble à la fois cerné par l’hystérie (hallucinante séquence où de parfaits inconnus en viennent aux mains pour une voiture mal garée) et par l’auto-apitoiement (Lary sanglote, soudain, en évoquant, devant sa femme, stupéfaite, une anecdote de son enfance, où l’innocence était encore de mise). C’est loin, tout ça. Plane aujourd’hui le sentiment d’un gigantesque gâchis. Ne pas avoir été digne au moment où il l’eût fallu. Avoir accepté ce qui était intolérable : la dictature, Ceausescu, les beaux slogans, les fausses promesses. Comment survivre quand on a si mal vécu ?…

Mais voilà que, comme l’exige la tradition, l’un des fils revêt le costume du mort : il le libère, en quelque sorte. Il s’assoit à table avec les autres : le dîner, tant repoussé, peut enfin commencer. Et soudain, on se croirait dans une pièce de Tchekhov, regrets et remords effacés… Dans ce film magnifique, Cristi Puiu se glisse avec maestria entre ses multiples personnages, n’en sacrifie jamais aucun, joue simultanément avec les intrigues et les styles. C’est le digne successeur de Robert Altman.

Pierre Murat – Télérama

SÉANCES

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