STILL THE WATER

affiche Still the waterFilm de Naomi Kawase
(Romance – Japon – 2014 – 1h59 – V.O.S.T.)
Avec: Nijirô Murakami, Jun Yoshinaga, Miyuki Matsuda …
Compétition officielle – Cannes 2014

Sur l’île d’Amami, les habitants vivent en harmonie avec la nature, ils pensent qu’un dieu habite chaque arbre, chaque pierre et chaque plante. Un soir d’été, Kaito découvre le corps d’un homme flottant dans la mer, sa jeune amie Kyoko va l’aider à percer ce mystère. Ensemble, ils apprennent à devenir adultes et découvrent les cycles de la vie, de la mort et de l’amour…

« Il n’est pas de cinéma plus simplement obsessionnel que celui de Naomi Kawase. Telle une enfant têtue revenant à la charge et bousculant la tenace ignorance d’adultes hébétés, elle s’en va partout répétant toujours la même question : pourquoi ? En 1992, elle partait armée de sa caméra à la recherche de ce père qu’elle n’avait pas connue, car il l’avait délaissée à la naissance (Dans ses bras). Dix ans plus tard, dans un autre documentaire, elle accepte à la demande de son ami photographe et mentor, Nishii Kazuo, d’enregistrer les derniers jours de sa lutte contre un cancer dévorant. Dans Still the Water, cette fois dans le registre fictionnel, la jeune fille Kyoko, radieuse, regarde impuissante sa mère malade rendre son dernier souffle. «Pourquoi faut-il que les gens naissent et qu’ils meurent ? On ne comprend pas», proteste-t-elle. Le film est né d’un deuil (la disparition de la mère adoptive de la cinéaste) et d’une révélation (son ancrage familial lointain dans une île subtropicale nommée Amami). La remontée aux origines guide toujours les pas de la cinéaste pour, en définitive, à nouveau la mener au seuil tremblant d’une question sans réponse. Présenté en compétition au Festival de Cannes, Still the Water est reparti bredouille. Une assez surprenante mise à l’écart si l’on veut bien considérer qu’il s’agit sans nul doute d’un des plus beaux films de l’année. Kawase semble éprouver une joie décuplée à arpenter ce territoire azuréen qu’elle découvre comme la pièce manquante de son puzzle autobiographique. L’île, habitée mais sauvage, garde la trace lointaine de nombreux cultes animistes. Les dieux et les hommes coexistent dans l’entrelacs luxuriant du visible et de l’invisible. De vastes pulsations de couleurs, des nappes d’écumes, des colonnades de lumières émeraude et bleue, et des courants de vent chaud composent la matière toujours changeante, mobile, de cet éden où se déroulent simultanément le flirt des adolescents Kaito et Kyoko et l’agonie évanouissante d’une chamane. L’émotion des commencements et l’adieu au monde forment la double polarité du récit que la cinéaste diffracte, rassemble, module afin que s’échangent en s’indifférenciant les valeurs qui s’y attachent. La femme qui va disparaître aborde les marges des ténèbres dans l’atmosphère de liesse d’une fête villageoise où se mêlent les chants et la danse des voisins bienveillants. En revanche, la très désirable union des deux jeunes gens se trouve constamment empêchée par un désordre d’affects indécis. En chaque scène, la comptine d’écolier et l’élégie grandiose, ou encore le bredouillis boudeur et l’affirmation symphonique trouvent à accorder leurs voix asymétriques, dissonantes, pour quelques mesures d’une parfaite harmonie. L’immersion sensorielle que propose le film est d’autant plus perturbante qu’elle s’accompagne d’effets de palier et de désorientations successifs. Les personnages sont constamment pris dans un dilemme d’appartenance, entre le bonheur simple d’être là et la furieuse envie d’aller voir ailleurs. La topographie de l’île absorbe peu à peu toute idée de frontière entre la terre, le ciel et l’eau. Un passage à Tokyo, où Kaito rend visite à son père tatoueur, accentue encore le sentiment, par ce brusque retour aux réalités urbaines et clignotantes de la modernité, que l’île est aussi comme un au-delà mental aux contours évasifs de rêverie inquiète. La saignée – par deux fois – d’une chèvre blanche aux râles convulsifs projette sur le sol la coulée rouge de la mort concrète, bien réelle, qu’un typhon vient bientôt rincer à grandes eaux dans un déluge nocturne. L’île paraît alors un esquif à la dérive qu’une lame de fond pourrait faire disparaître. Naomi Kawase aime les vagues, les cotillons métaphysiques tournoyant dans une lumière limpide, les mantras, elle parvient à plier, l’un sur l’autre, contemplation et intériorisation. Le film nous semble si précieux qu’on voudrait l’avoir dans la poche comme un objet porte-bonheur pour affronter sans peur les nombreux «pourquoi ?» qui attendent encore aux détours des chemins. »
Didier Péron – Libération

Ce film est précédé du court métrage
DJEKABAARA
Film de Enis Miliaro
(Fiction – France – 2013 – 04’39)

Une rencontre improbable entre un berger malien et un consultant français.

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 25 octobre à 21h
dimanche 26 octobre à 17h
lundi 27 octobre à 20h30

Lamastre (centre culturel)
jeudi 23 octobre à 20h30
vendredi 24 octobre à 21h

Chalencon (salle polyvalente)
dimanche 26 octobre à 20h30

Bande annonce

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