SUD EAU NORD DÉPLACER

affiche Sud Eau Nord DéplacerFilm de Antoine Boutet
(Documentaire – France / Chine – 2015 – 1h50 – V.O.S.T.)
« Printemps du documentaire » en partenariat avec [Les Écrans

Le « Nan Shui Bei Diao » – littéralement Sud Eau Nord Déplacer – est le plus gros projet de transfert d’eau au monde, entre le sud et le nord de la Chine. Sur les traces de ce chantier colossal, le film dresse la cartographie mouvementée d’un territoire d’ingénieur où le ciment bat les plaines, les fleuves quittent leur lit, les déserts deviennent forêts. Face à ce paysage de science-fiction, contre nature, qui se recompose, peu à peu des voix s’élèvent, réclamant justice et droit à la parole.

« Les premières séquences du documentaire Sud Eau Nord Déplacer nous immergent dans une steppe postmoderne, un paysage désolé, filmé en plan fixe, envahi par un nuage gazeux, d’où émergent quelques figures humaines. On décèle un improbable passant ou une bétonneuse qui avance lentement. «Sud Eau Nord Déplacer» est la transcription littérale de Nan Shui Bei Diao, ce qui ne nous avance pas beaucoup mais qui, en mandarin, définit le plus gros projet de transfert d’eau au monde. Le chantier, à faire pâlir les pharaons, consiste à transférer les ressources hydrauliques du sud de la Chine, où elles abondent, vers le nord, en pénurie. L’idée a été lancée par Mao en 1952, et les travaux, démarrés en 2002, devraient s’achever en 2050. Le pouvoir chinois a non seulement le goût du gigantisme mais aussi celui du long terme. Un officiel assure que de multiples études de faisabilité ont été faites, qu’il s’agit seulement de ponctionner quelques milliards de mètres cubes d’eau dans un bassin surabondant. De ce plan démentiel de détournement des fleuves décidé par une administration ogresque, le réalisateur, Antoine Boutet, a voulu, selon ses notes dans le dossier de presse, «aller à contre-courant de cette préfiguration – très concrètement en remontant le fleuve – et renverser à [son] tour les perspectives». Sud Eau Nord Déplacer est un lent voyage, saisissant par moments, sur l’enfouissement des humains par un super-État qui prétend leur bonheur. La caméra d’Antoine Boutet fixe les slogans affichés en caractères géants sur le chantier et qui vantent les futurs accomplissements. Le film est jalonné de longs plans séquence du chantier. On y voit une foreuse en pleine action, un canal vide, une ville inachevée habitée seulement par des grues. Le détachement de Boutet est celui de photographes comme les Allemands Thomas Demand ou Candida Höfer. Mais, à la différence des deux plasticiens, la dimension humaine ne cesse de prendre de l’importance au fil du film, d’abord silencieux puis rempli des paroles dénonciatrices de citoyens furieux. A la démence de Nan Shui Bei Diao, Antoine Boutet lui oppose des témoignages. Cette parole, c’est celle des villageois déplacés, des opposants assignés à résidence ou emprisonnés pendant des décennies, d’une poétesse ou d’un blogueur opposant. Au cours de son voyage, la caméra de Boutet s’agite, se rapproche des hommes et des objets. En remontant les sources des fleuves, Sud Eau Nord Déplacer atterrit au Tibet. On arrive au dos d’un homme en mobylette qui parle des ravages causés par le projet. La caméra s’autorise alors une matérialité et une chaleur éloignée des plans cliniques des chantiers. Dans l’écrin tibétain, à la marge géographique du pays, Antoine Boutet filme un amoncellement de traditionnels drapeaux de prières comme une réponse aux meurtrières décisions du pouvoir central et à son ingénierie tueuse. »
Clément Ghys – Libération

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 29 avril à 21h
samedi 02 mai à 18h
lundi 04 mai à 18h

Lamastre (centre culturel)
mardi 05 mai à 21h

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