SUGAR MAN

Affiche Sugar ManFilm de Malik Bendjelloul
(Documentaire – Grande Bretagne – 2012 – 1h25 – V.O.S.T.)
Avec : Sixto Díaz Rodríguez, Stephen Segerman, Dennis Coffey …
Film programmé dans le cadre de la fête de la musique.

Imaginez-vous assistant au concert d’un musicien qu’on vous a toujours donné pour mort en ne laissant à son public que ses deux albums géniaux pour pleurer. Quelques milliers de Sud-Africains ont vécu cette expérience mystique en 1998, et c’est ce que raconte Sugar Man, réalisé par Malik Bendjelloul. C’est un documentaire très réussi, entraînant et solide, sur un artiste complexe ; un film qui fait honneur à sa musique mais qui, tout occupé à construire une histoire parfaite, multiplie les zones d’ombre et ne dit pas toute la vérité. Sugar Man, c’est-à-dire dealer de cocaïne, est le personnage principal de la chanson la plus connue de Sixto Rodriguez, chanteur américain d’origine mexicaine, né en 1942, dont l’histoire a ressurgi avec la réédition en 2008 de ses disques de 1970 et 1971, enterrés après leur échec commercial aux États-Unis. Malik Bendjelloul l’a découvert lors d’un voyage en Afrique du Sud, où l’un des plus grands fans de Sixto Rodriguez, Steve Segerman, lui raconte alors la passion de son pays pour ces chansons arrivées selon la légende «dans les valises d’une Américaine», avant d’être adulées comme un appel à la liberté dans une société en plein apartheid. Rodriguez y chante le sexe, la drogue, la corruption mais aussi l’amour sous la forme d’une folk-soul aux envolées psychédéliques qui ferait oublier les grands noms de l’époque. Comme tout le monde, Malik Bendjelloul s’est demandé pourquoi cette musique, qui attrape instantanément, a touché les Sud-Africains et pas les Américains. «Au début, j’ai douté sans arrêt, nous a expliqué le réalisateur. J’ai rencontré des dizaines de personnes en préparant le film et quand on me disait qu’en Afrique du Sud il était « plus célèbre que les Rolling Stones », je n’en croyais pas un mot. Puis j’ai abordé des passants dans la rue, et beaucoup m’ont dit que « bien sûr » ils le connaissaient.» Sugar Man retrace la quête de Stephen Segerman et du journaliste Craig Bartholomew, à la fin des années 90, sur les traces de Rodriguez, supposé s’être suicidé sur scène… Jusqu’à ce qu’ils apprennent que le chanteur est bien vivant et réside près de ses filles, à Detroit, où il a repris son travail d’ouvrier sur les chantiers. Une succession de hasards rocambolesques finira par faire entrer le chanteur en contact avec ses deux fans tenaces, puis débarquer en Afrique du Sud et monter sur scène au Bellville Velodrome de Cape Town le 6 mars 1998. Ces images rarement vues d’une foule éberluée, qui hurle chaque chanson comme si son héros allait disparaître à nouveau dans la foulée, constituent sans doute la séquence la plus puissante du film. Autour, Malik Bendjelloul tente d’expliquer pourquoi Rodriguez a disparu du paysage musical du jour au lendemain, et surtout qui est cet homme qui se replie dans un silence gêné dès qu’on lui demande de parler de lui, mais eut pourtant une riche vie de militant politique qui le mena à briguer la mairie de Detroit. Le fait qu’il se livre peu et qu’il garde son mystère à l’écran n’est pas un effet de mise en scène : il est vraiment comme ça, et c’est une des clés de l’histoire. Cela explique en partie qu’il ne soit jamais devenu célèbre. Sur scène, il chantait dos au public, et quand il s’est produit en showcase à Los Angeles devant des pontes de l’industrie du disque, il a fait pareil. Il n’a jamais joué le jeu. Les hasards et la passion de quelques-uns ont depuis corrigé cette erreur de l’histoire, et le film très attachant de Malik Bendjelloul devrait achever d’inscrire Rodriguez parmi les grands chanteurs et compositeurs de son époque. Il n’est jamais trop tard.
Sophian Fanen & François-Xavier Gomez – Libération

Séances

Vernoux en Vivarais (salle Louis Nodon)
vendredi 21 juin à 21h
lundi 24 juin à 18h

Lamastre (centre culturel)
vendredi 21 juin à 21h
dimanche 23 juin à 17h30

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