TRAINS ÉTROITEMENT SURVEILLES

Affiche trains étroitement survéillésFilm de Jiří Menzel
(comédie dramatique- Tchécoslovaquie – 1967 – 1h32 – V.O.S.T.)
Avec: Vaclav Neckar, Josef Somr, Vlastimil Brodsky, Vladimir Valenta, Jitka Bendova …
Oscar du meilleur film étranger – 1968
Film présenté dans le cadre du festival Roman & Cinéma

Milos travaille dans une petite gare tchèque pendant la deuxième guerre mondiale. Tourmenté par sa timidité, il n’arrive pas à séduire la jolie contrôleuse qui pourtant s’offre à lui. Devant cet échec et désespéré de pouvoir prouver qu’il est un homme, il tente de se suicider. Une jeune fille va tenter de lui faire surmonter ses craintes.

« Un jeune homme, tout juste nommé sous-chef de gare dans un petit patelin tchécoslovaque des années 1940, tombe dans le désespoir de ne pouvoir dépasser sa timidité et poser ses lèvres (et plus encore) sur celles de Máša, contrôleuse de son état sur la ligne de Miloš. Alors que les apparatchiks du pays occupé vantent les prouesses militaires des armées du Reich, le village est aussi l’espace d’éclosion de la pire soumission aux événements comme d’un certain esprit de résistance. Sorti sur les écrans tchèques en 1966 et lauréat de l’Oscar du meilleur film étranger l’année suivante, Trains étroitement surveillés est le premier long-métrage de l’un des cinéastes les plus représentatifs de la Nouvelle Vague tchèque. Aussi pluriel que l’hexagonal, ce renouveau cinématographique de résistance à la culture communiste officielle était déjà amorcé la même année par une chronique adolescente libre et explosée, Les Petites Marguerites. Moins expérimental que celui de Věra Chytilová, le cinéma de Jiří Menzel est tout autant marqué par les creux oniriques, la cruauté des explosions dramatiques au détour d’images quotidiennes et la métaphore politique. Il entra ainsi sur la scène mondiale avec l’adaptation d’une nouvelle de Bohumil Hrabal (auteur dont il poursuivra l’étude par la suite, notamment en 2006 avec Moi qui ai servi le roi d’Angleterre) dont le principe d’ironie, gonflé par le grotesque et la tendresse des humbles, seyait parfaitement à l’image crue, décomposée et discrète de Menzel. L’introduction de Trains étroitement surveillés est à cette image : si le burlesque de la présentation familiale prend à contrepied le synthétique classique, c’est le sentiment d’abandon qui prédomine immédiatement. Pays occupé pendant cette Seconde Guerre mondiale dont on ne verra que les conséquences sociales sur le village, la Tchécoslovaquie filmée par Menzel est immobile, incapable du moindre mouvement, de la moindre réaction, obsédée par des canons normatifs qui perturbent les trains comme les amours. Personne ne semble travailler, personne ne semble aimer, personne ne semble se soucier de l’état du monde ou même de celui du village voisin. Ne rien faire, ne pas bouger reste la vocation suprême. Dans cet espace d’attente rythmé par les arrivées et les départs de locomotives, Miloš n’a qu’un seul but : embrasser Máša, la contrôleuse qu’il voit chaque jour, et connaître les délices de l’amour physique. Mais dans un monde étroitement surveillé ne subsiste du sentiment et du désir qu’une obsession de la virilité et de la force symbolique que chaque homme, potentiellement soldat, doit prouver à son entourage. La métonymie ne s’arrête pas au personnage de Miloš : il est, certes, le représentant d’une jeunesse perdue entre les aspirations sociales d’une famille curieusement absente à l’écran et d’une soumission au silence. Si le film prend le milieu de la guerre comme théâtre, le brouillage du temps et de l’espace participe de sa force : rien n’a changé en vingt ans et le village de 1943 pourrait bien être celui de 1966 (les censeurs de Menzel ne s’y tromperont pas), hors du temps, sans horizon, enfermé dans les petites ambitions statutaires des uns et les rêveries vaines des autres. Et, rapidement, le burlesque devient tragique : la timidité de Miloš se meut en désespoir de vivre et en résistance politique hasardeuse. L’inversion symbolique des lieux (la gare devient un endroit totalement clos), des lumières (la neige éblouissante qui abaisse les paupières) et des rituels humains (toute sensualité devient pornographie, toute évasion de l’esprit devient déviationnisme) est au centre d’un mise en scène de la frustration. Si l’image libère parfois Miloš et son collègue par l’expression, le langage rendus possibles par la solitude des chefs de gare et en captant l’envie de dépasser le simple fait d’exister physiquement, elle reste directe, crue, ne masquant jamais la tragédie qui se joue à chaque instant dans la vie affective et sociale de Miloš. Car le cinéma de Menzel va l’opposé de l’idée de performance : il est rythmé par des corps et des esprits en suspens, des journées interchangeables. Le burlesque ne métamorphose pas, il souligne. L’attente comique s’étiole, se brutalise jusqu’à la redéfinition impossible du cadre social : trouver enfin une forme d’intimité naturelle et d’insoumission politique sonne le glas de la quête de Miloš. Ne rien faire, voilà la soumission ; faire dans un tel monde, voilà votre arrêt de mort. Comme Věra Chytilová, c’est une société bloquée condamnée au brassage d’air ou à l’acceptation que montrait Jiří Menzel en 1966. »
Ariane Beauvillard – Critikat.com

Séance

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 03 octobre à 13h45

Bande annonce

 

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