VIE SAUVAGE

affiche vie sauvageFilm de Cédric Kahn
(Drame – France – 2014 – 1h46)
Avec: Mathieu Kassovitz, Céline Sallette, David Gastou …

Philippe Fournier, dit Paco, décide de ne pas ramener ses fils de 6 et 7 ans à leur mère qui en avait obtenu la garde. Enfants puis adolescents, Okyesa et Tsali Fournier vont rester cachés sous différentes identités. Greniers, mas, caravanes, communautés sont autant de refuges qui leur permettront de vivre avec leur père, en communion avec la nature et les animaux. Traqués par la police et recherchés sans relâche par leur mère, ils découvrent le danger, la peur et le manque mais aussi la solidarité des amis rencontrés sur leur chemin, le bonheur d’une vie hors système : nomades et libres. Une cavale de onze ans à travers la France qui va forger leur identité.

« François Bégaudeau sur Cédric Kahn, dans sa préface à un livre d’entretiens avec le cinéaste : “Nom connu, mais nom qui n’a pas pris.” C’est exact. Pourtant, quand il est né au cinéma avec Bar des rails (1992), Kahn faisait partie du bataillon des nouveaux cinéastes français les plus prometteurs, avec Arnaud Desplechin, Xavier Beauvois… Il avait ensuite tenu ses promesses avec le pialatien Trop de bonheur (1994) ou le formidable Roberto Succo (2001). Un cinéma naturaliste mais tendu comme un arc, dur comme un ongle, âpre, physique, dénué de sentimentalisme. Puis, pendant de longues années, la trajectoire kahnienne s’est faite plus incertaine (Feux rouges en 2004, L’Avion en 2005), d’où un nom qui a moins imprimé que celui de Desplechin. Jusqu’à Une vie meilleure (2012, avec Guillaume Canet), où on le retrouvait à son… meilleur. Adapté de divers récits de l’affaire Xavier Fortin (un père qui a vécu des années avec ses enfants à l’écart de la société), Vie sauvage confirme ce retour aux affaires. Ça démarre brut de brut, en plein dans une mêlée de courses et de cris. On ne comprend rien, si ce n’est qu’une femme fuit son mari, et que les trois enfants sont écartelés entre leur père et leur mère. Elle se réfugie avec sa marmaille chez ses parents mais le père, sorte de hippie anarcho-écolo, parvient à enlever ses fils pour continuer à vivre à l’écart de la société et de son système marchand, de caravanes en communautés, d’abris de fortune en squats. Cédric Kahn fait alors un choix tranché : quitter la mère, ne suivre que le père. De drame psycho-social, Vie sauvage mue alors en film d’aventures – l’aventure près de chez nous. Comment vivre à la Robinson Crusoé dans un pays tel que la France des années 2000 ? Xavier Fortin avait prouvé que c’était faisable et Kahn s’attache à raconter cet épisode de plusieurs années avec le plus grand réalisme possible, jusque dans les moindres détails. Comment se loger et se nourrir, comment échapper au quadrillage policier, rester à distance des villes, gagner un peu d’argent, soigner une blessure… Le film montre cela avec précision (gestes, lieux, espaces…), sans jugement ni fioritures, se plaçant résolument du côté des personnages et du concret. Pourtant, le mode de vie et d’éducation de Philippe Fournier (l’alter ego fictif de Fortin) sont au minimum contestables, sinon condamnables. Cédric Kahn détaille aussi très bien l’aspect idéologique et psychologique de l’affaire, la façon dont Fournier emporte l’adhésion de ses enfants par un mélange d’affection et de puissance paternelle allié à un discours politique très articulé flirtant avec le lavage de cerveau. Les gamins vivent dans l’inconfort et une certaine insécurité, mais leur père s’occupe d’eux, poursuit leur éducation scolaire, les persuade des vertus de leur liberté et des vices du système. La seule réserve concerne l’usage de la musique, heureusement très ponctuel : mais chaque fois qu’elles tintent, les trilles de piano affadissent un peu l’âpre puissance du film. Il se trouve que les enfants grandissent. Elevés par un père rebelle, les adolescents se rebellent à leur tour, lassés d’une existence en communauté qui n’est pas toujours un paradis baba cool, aspirant à une vie normale. Comme la plupart des bons films, Vie sauvage monte en gamme et atteint son sommet dans la dernière partie : celle des retrouvailles longtemps différées entre les deux garçons et leur mère, qui ne vont pas sans tressaillements – des personnages et des spectateurs. Absente dix ans dans la réalité, une heure dans le film, elle réapparaît comme si elle n’avait jamais quitté le film, même si la rastapunk du début arbore désormais une allure bourgeoise classique : présence de l’absence, émotion décuplée de la réapparition, validation indiscutable du choix de Kahn d’avoir suivi le père. Au fait, les comédiens sont excellents, et notamment les deux têtes d’affiche, Mathieu Kassovitz et Céline Sallette, prodigieux. Vie sauvage est magnifique parce qu’il montre que les affects excèdent toujours le social, ses règles et ses institutions – les flics, les juges, les services sociaux sont montrés comme emplis de bonne volonté et de rationalité, mais toujours débordés et impuissants. Impossible d’arbitrer les tempêtes du cœur. C’est aussi un film renoirien parce que, au-delà des conflits impossibles à dénouer, il est attentif à tous les protagonistes, à toutes les nuances de gris, respectueux de bout en bout des raisons de chacun des personnages. »
Serge Kaganski – Les Inrocks

Ce film est précédé du court métrage
BIGSHOT
Film de Maurice Huvelin
(Animation – France – 2012 – 04’45)

A l’horizon se trouvent une maison, un arbre, une église. Il y a aussi trois chasseurs, un renard, un chevreuil et un père noël…

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 29 novembre à 18h
dimanche 30 novembre à 17h
lundi 01 décembre à 20h30

Lamastre (centre culturel)
jeudi 27 novembre à 20h30
mardi 02 décembre à 20h30

Chalencon (salle polyvalente)
dimanche 30 novembre à 20h30

Bande annonce

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