VINCENT N’A PAS D’ECAILLES

affiche Vincent n'a pas d'écaillesFilm de Thomas Salvador
(Comédie fantastique – France – 2015 – 1h18)
Avec: Thomas Salvador, Vimala Pons, Youssef Hajdi …

Vincent a un pouvoir extraordinaire : sa force et ses réflexes décuplent au contact de l’eau. Pour vivre pleinement ce don, il s’installe dans une région riche en lacs et rivières, et suffisamment isolée pour préserver sa tranquillité. Lors d’une escapade aquatique, il est surpris par Lucie. Ils tombent amoureux mais Vincent hésite avant de lui dévoiler son secret. Lors d’une bagarre qui tourne mal, son don est découvert. Il décide de prendre la fuite…

« Vincent n’a pas d’écailles mais il aime l’eau. Et celle-ci le lui rend bien : lorsqu’il en est recouvert, sa force décuple. Dans les lacs, il nage comme un dauphin ; sur terre, pour peu qu’il soit mouillé, il perce des murs, soulève des bétonneuses, saute comme un cabri. De lui, on ne saura rien d’autre : d’où vient-il ? pourquoi est-il ainsi ? qu’a-t-il fait avant ? Mystère. A la question “que veut-il ?”, en revanche, Thomas Salvador, qui interprète lui-même le personnage principal, apporte une réponse : Vincent veut vivre tranquillement, travailler un peu, se faire éventuellement un ou deux copains, nager beaucoup, pourquoi pas tomber amoureux et, peut-être, partager son secret. C’est tout. Rien de très compliqué, mais pas besoin de faire compliqué pour voir grand. Thomas Salvador n’est pas tout à fait un inconnu. Depuis 2000, il a réalisé une demi-douzaine de films courts, certains primés en festival, composant une œuvre absolument singulière, d’une rare cohérence, tout entière construite autour du burlesque dans sa plus pure essence : effet comique produit par le déplacement d’un corps (celui, filiforme et hyperagile de Salvador lui-même) dans l’espace. Attendu, son premier long métrage poursuit cette quête tout en la reconfigurant. Pour “tenir la distance” du long, lui qui faisait généralement primer le dispositif sur la narration, le cinéaste a en effet dû, à l’instar de son personnage, s’ouvrir, accepter de s’adjoindre des forces extérieures : d’autres acteurs (notamment l’incendiaire Vimala Pons) ; une romance, tout en plaisirs simples et caresses (dont “la plus longue du monde”) ; et un genre a priori américain, le film de superhéros, auquel il rend un hommage décalé. Après le Ch’tider-Man de Bruno Dumont, place à Speedoman ! A la dépense du film de superhéros américain, Salvador oppose une économie toute française – économie au double sens : financier et visuel. Réalisé pour un budget modeste et sans palette graphique (si ce n’est pour gommer efficacement les câbles, plus vieux trucage du monde), avec pour seules armes une prodigieuse ingéniosité et une merveilleuse générosité, Vincent n’a pas d’écailles vient du cinéma primitif, celui de Méliès et de Keaton, lorsqu’il n’y avait ni Dolby ni effets spéciaux numériques pour clouer les spectateurs sur leur peu confortables fauteuils. Merveilleux, prodigieux, sont à lire au sens propre : il y a de la magie chez Salvador, de la magie mais nulle esbroufe, juste un émerveillement face aux puissances du cinéma. Un parallèle se fait ainsi jour entre les superpouvoirs de Vincent, fort peu commodes et requérant beaucoup d’astuce, et ceux de Salvador, qui passent par ce vieil outil de la mise en scène et nécessitent eux aussi mille combines pour fonctionner. Un superpouvoir ne fait cependant pas le bonheur. De mares en piscines, de ruisseaux en océans, il est toujours question pour Vincent de trouver la meilleure place. Condamné à l’exil dès le premier plan, trop à l’étroit dans un cadre souvent serré (pour donner plus de poids aux effets spéciaux), il n’apparaît bien nulle part, sauf dans les bras de sa dulcinée. Mais il s’en accommode. Cependant, un événement malheureux, une bagarre inopinée, va attirer sur lui l’attention de la police et l’obliger à fuir. Le film devient à partir de là une longue course-poursuite, où l’inventivité visuelle se démultiplie, et le propos politique peu à peu s’affine, jusqu’à un dénouement inouï qui rejoue une situation vécue par nombre de sans-papiers, mais toujours sous le prisme du superhéroïsme. Si la France passe, bon an, mal an, pour un pays de cocagne, prête à accueillir toutes sortes d’êtres (de films ?) singuliers, elle sait aussi se montrer obtuse à leur égard, dès lors qu’ils entendent sortir de la minuscule case qui leur est assignée. Entre Vincent et Thomas, entre l’exilé permanent et le cinéaste indépendant, semble ainsi s’instaurer un destin commun : nager, toujours plus vite, toujours plus loin. »
Jacky Goldberg – Les Inrocks

Ce film est précédé du court métrage
ASCENSION
Film de Thomas Bourdis, Martin de Coudenhove, Caroline Domergue, Florian Vecchione & Colin Laubry
(Animation – France – 2013 – 06’50 – Sans dialogue)

Au début du vingtième siècle, deux alpinistes montent la statue d’une Sainte Vierge en haut d’une montagne.

Séances

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
vendredi 13 mars à 21h
samedi 14 mars à 21h
lundi 16 mars à 18h

Lamastre (centre culturel)
jeudi 12 mars à 20h30
mardi 17 mars à 20h30

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