WALLACE ET GROMIT: LE MYSTÈRE DU LAPIN GAROU

Wallace et GromitFilm de Nick Park & Steve Box
(Animation – Angleterre – 2005- 1h25 – VF)
Film tout public à partir de 5 ans
10e anniversaire du film, ressorti à l’occasion d’Halloween

Une « fièvre végétarienne » intense règne dans la petite ville de Wallace et Gromit, et l’ingénieux duo a mis à profit cet engouement en inventant un produit anti-nuisibles humain et écolo, qui épargne la vie des lapins. L’astuce consiste simplement à capturer, à la main, un maximum de ces rongeurs et à les mettre en cage. A quelques jours du Grand Concours Annuel de Légumes, les affaires de Wallace et Gromit n’ont jamais été aussi florissantes, et tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, si un lapin-garou géant ne venait soudain s’attaquer aux sacro-saints potagers de la ville. Pour faire face à ce péril inédit, l’organisatrice du concours, Lady Tottington, se tourne vers nos deux « spécialistes » et leur demande d’appréhender le monstre.

« En dépit des techniques toujours plus sophistiquées du cinéma d’animation, quelques inconditionnels perpétuent aujourd’hui la magie primitive de la pâte à modeler, le génie cabossé de la glaise. Parmi ces pétrisseurs invétérés, deux figures émergent : à l’est, le Russe Gari Bardine ; à l’ouest, l’Anglais Nick Park. Ce dernier est l’inventeur d’un couple irrésistible créé dans le cadre des Studios Aardman : Wallace, bricoleur givré amateur de crackers, et Gromit, chien prosaïque qui lui sauve régulièrement la mise. Leurs aventures délicieusement excentriques ont d’ores et déjà fait le tour du monde par l’intermédiaire de deux moyens métrages intitulés Un mauvais pantalon (1993) et Rasé de près (1995). Passé au long métrage avec le concours du studio américain DreamWorks à l’occasion de Chicken Run, Nick Park, désormais associé à Steve Box, vient aujourd’hui combler le rêve secret de tout « wallaceetgromitien » de base en lui offrant enfin le premier long métrage réunissant ses héros favoris. Annonçons d’entrée de jeu au vaste monde la bonne nouvelle : ni la collaboration avec la machine DreamWorks, ni le passage à l’économie (narrative aussi bien que financière) du long métrage, ni le recours à la technologie numérique tendant paradoxalement à recréer l’effet de bricolage propre à l’animation en volume n’ont altéré la vista comique qui anime ces improbables rejetons du tandem picaresque Quichotte et Pança, passés en l’occurrence au double crible de l’absurde britannique et du film de genre hollywoodien. Le Mystère du lapin-garou est ainsi une fantaisie potagère germant dans le terreau du film d’horreur, une satire du quant-à-soi made in England greffé sur un pastiche de dramaturgie made in America.  Soit une paisible bourgade anglaise, tendue tout entière vers l’événement majeur de l’année : un concours de légumes géants parrainé par l’aristocrate locale, une grande et maigrichonne courge rousse répondant au nom de Lady Campanula Tottington. Hélas, une invasion des lapins gloutons saccageant sans pitié les potagers met en péril la bonne tenue du concours. En désespoir de cause, la ville fait appel aux services de l’inventeur saugrenu Wallace (navet aux dents de lapin perpétuellement revêtu d’un tricot) dont la société Anti-pesto se fait fort de mettre les bestioles hors d’état de nuire sans atteindre à leur pronostic vital, dans le sacro-saint respect de l’ordre écologique dont Lady Campanula se veut la garante. Tombé mortellement amoureux de l’aristocrate, Wallace s’est fait, un non moins mortel ennemi en la personne de Victor Quartermaine, hobereau emperruqué et chasseur local d’une morgue aussi insondable que sa bêtise, et que les visées et méthodes de Wallace, tant sur les lapins que sur Lady Tottington, font enrager. Entassés dans le petit cottage de Wallace et Gromit, les rongeurs capturés manifestent sur ces entrefaites une liberté de conduite qui nuit grandement au confort domestique de nos deux héros, de telle sorte que Wallace entreprend de mener une audacieuse expérience consistant, par l’entremise d’un « manipulo-transmetteur » qui est connecté à son propre cerveau, à leur ôter définitivement le goût des légumes. Le monstre velu, mi-homme, mi-lapin, qui va inopinément sortir de la lamentable et involontaire mutation de cette expérience (et sur l’identité duquel les auteurs entretiendront opportunément le suspense) occupera le reste du film à saccager les jardins de toute la ville et à plonger ses habitants dans la terreur, jusqu’à ce que Gromit, comme à l’ordinaire, sauve le coup durant un finale de fête foraine éblouissant de voltiges et d’inventions. Hommage facétieux et ininterrompu à quelques grands mythes hollywoodiens (de Batman à King Kong, en passant par Docteur Jekyll et Mister Hyde et les « toons » de Tex Avery), ce Mystère du lapin-garou suscite avant tout le plaisir du spectateur par la stupéfiante et minutieuse fécondité de ses trouvailles, l’ensemble du projet aussi bien que ses détails recelant un inaltérable esprit de cocasserie et de saugrenu. Par-delà ce plaisir de spectateur, tous âges confondus, qui suffit amplement à l’exceptionnelle réussite de ce plaisant divertissement, il n’est pas interdit, in fine, de mettre au crédit du film une opportune mise en abyme de ses propres conditions de fabrication et de l’état du monde qui les détermine. Réalisé aux États-Unis (siège de la puissance mondiale) par deux Anglais (sujets d’un empire déchu), Le Mystère du lapin-garou, cet improbable hybride, ne met-il pas tout un peuple désormais réduit à l’orgueil dérisoire de son potager en position d’accéder, par le remodelage de l’épopée américaine, à la reconquête humoristique de son universelle renommée ? Cette magie qui change, l’espace du film, la citrouille en carrosse permettrait en tout cas à Nick Park et à Steve Box, ces nouveaux Cendrillon de l’animation britannique, d’affirmer à l’instar de Flaubert : « Wallace et Gromit, c’est nous. » »
Jacques Mandelbaum – Le Monde

Séances

Vernoux en Vivarais (espace culturel Louis Nodon)
mercredi 28 octobre à 17h
samedi 31 octobre à 16h
dimanche 01 novembre à 11h

Lamastre (centre multimédia)
jeudi 29 octobre à 15h
samedi 31 octobre à 17h

Bande annonce

 

Laisser votre avis