LES CHEVAUX DE DIEU

affiche les chevaux de dieuFilm de Nabil Ayouch
(Drame – Maroc – 2013 – 1h55 – V.O.S.T.)
Avec: Abdelhakim Rachid, Abdelilah Rachid, Hamza Souideq …
Film présenté dans le cadre du festival Roman & Cinéma
Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Yassine, 10 ans, vit dans le bidonville de Sidi Moumen à Casablanca. Sa mère dirige la famille comme elle peut : un père dépressif, un frère à l’armée, un autre autiste et un troisième, Hamid, petit caïd du quartier et protecteur de Yassine. Quand Hamid est emprisonné, Yassine enchaîne les galères. Pour les sortir de ce marasme où règnent violence, misère et drogue. Hamid, une fois libéré et devenu islamiste radical pendant son incarcération, persuade Yachine et ses copains de rejoindre leurs « frères »…

« Plus actuel que jamais, le sujet de la tentation de la radicalisation du Maghreb et de l’embrasement des peuples arabes est au centre du nouveau film de Nabil Ayouch. Loin du Printemps arabe né en Tunisie, qui avait nourri l’espoir de démocratie en 2010, cette réflexion sur l’origine du Mal intégriste revient sur l’Histoire douloureuse du Maroc, frappé de 5 attentats kamikazes le 16 mai 2003, faisant état de plus de 41 morts et de centaines de blessés sur différents points stratégiques de la ville de Casablanca. Le cinéaste essaie de comprendre comment des jeunes gens issus des bidonvilles locaux ont pu en venir à se livrer corps et âmes à une philosophie religieuse malveillante, jusqu’à accéder au martyre. Le constat est amer, puisqu’il démontre à travers cette fiction inspirée de faits réels, que tout n’est que gâchis et manipulation d’esprits faibles très loin d’être maléfiques à l’origine. Il s’intéresse aux destinées tragiques de quelques gamins nés au mauvais endroit, qui grandissent au cœur d’un milieu d’où rien de positif ne peut vraiment ressortir. Sur un sol aride, marqué par la crasse et la poussière, l’ostracisme social frappe la population coupée des réalités économiques du pays qui s’occidentalise. Loin des oasis touristiques, le viol, l’errance, la maltraitance, la dépression, l’alcool juvénile et la revente de drogues constituent le gros de l’activité locale. La sociologie des personnages s’opère sans jugement, puisque la souffrance de chacun, accentuée par la fracture des générations, explique largement la malléabilité des esprits, véritables réceptacles pour discours haineux post 11 Septembre. Avec une perspicacité de documentaire et une force visuelle qui poussent à l’admiration quand il s’agit de dépeindre l’atavisme qui sévit, le film de Nabil Ayouch est un drame humain puissant qui ne nous incite jamais à condamner ses protagonistes, devenus des marionnettes incapables de recouvrer la liberté d’être. On en ressent toute la portée du message, toute son urgence, alors que les hommes de l’ombre continuent de pervertir par le discours une certaine jeunesse désœuvrée en quête de vengeance, d’un leader spirituel ou bien tout simplement d’une légitimité d’être dans un monde prompt au rejet. Cette œuvre choc a été dévoilée à Cannes en 2012 dans la sélection Un Certain Regard. Sa sortie en salle est un acte politique qui mérite toute l’attention des spectateurs. »
Frédéric Mignard – àVoir – àLire.com

Séance

Vernoux (espace culturel Louis Nodon)
samedi 04 octobre à 16h30

Bande annonce

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